La reconnaissance : attente légitime ?

Le salarié reçoit un salaire pour le travail fourni, donc pourquoi aurait-il besoin d’autre chose ? Le salaire ne fait-il pas partie intégrante de la reconnaissance ? Si « tout travail mérite salaire », la reconnaissance c’est, à mon sens, ce qui différencie un salarié qui fait le « minimum syndical » et un autre qui est engagé dans ses missions, motivé, pro-actif, bref qui « se donne à fond ».

« Le fruit le plus agréable et le plus utile au monde est la reconnaissance » Ménandre

« Dis maman, regarde mon dessin » « Papa, viens voir comme je joue bien au foot ». Nous ne sommes plus des enfants, mais nous avons encore besoin de reconnaissance !

Dans un monde du travail de moins en moins concret, avec une segmentation importante des tâches qui empêche de voir le résultat de son travail, la reconnaissance est indispensable, d’autant plus qu’elle participe de manière importante au bien-être au travail.

Étroitement liée à la motivation et l’engagement, l’employeur devrait porter une attention accrue à la reconnaissance des salariés. Or, selon l’ANACT, 37 % des salariés français en manquent.

La grande majorité des études scientifiques appuient l’idée que le besoin de reconnaissance est éprouvé par une part importante de la main-d’œuvre, quel que soit le statut de l’employé ou le secteur économique. La reconnaissance au travail est un élément essentiel pour préserver et construire l’identité des individus, donner un sens à leur travail, favoriser leur développement et contribuer à leur santé et à leur bien-être. (J-P. Brun, dans un article de la revue « Sciences Humaines »)

Cruciale, presque vitale pour le salarié, en quoi consiste la reconnaissance ?

Le concept revêt de multiples facettes car il porte sur quatre domaines : la personne du salarié, les résultats de son travail, la qualité d’exécution et l’engagement. D’où la diversité des actions qui peuvent être mises en place : de l’attention portée au salarié (bonjour, merci, tu vas bien ?) en passant par l’augmentation de salaire, les primes, les cadeaux, les responsabilités accrues, les nouvelles missions, les formations… De plus, tous les salariés n’ont pas le même niveau d’attente en matière de reconnaissance, ne portent pas le même intérêt aux 4 domaines, d’où la nécessité d’individualiser les mesures de reconnaissance.

Le manager, étant celui qui connaît le mieux ses collaborateurs, doit à mon sens, être force de proposition auprès du service RH et/ou de la direction pour définir les gestes de reconnaissance les plus appropriés (lorsque ceux-ci ont un impact budgétaire).

Reconnaître le travail bien fait c’est aussi faire évoluer la personne vers des tâches plus difficiles, c’est lui faire confiance. C’est faciliter son développement professionnel. C’est enfin avoir le courage de reconnaître ce qui n’est pas fait ou pas bien fait et prendre le temps d’aider la personne à progresser. (…) Le salaire est le niveau minimum requis en échange de l’obligation de faire ce qui est demandé. C’est aussi le dernier critère auquel il se rattache et qu’il revendique quand sont absents les autres signes de reconnaissance.(Article de l’Express).

La reconnaissance est multi-canaux : elle s’exprime dans l’entreprise (N+1, direction, collègues) mais également à l’extérieur (clients, relations de travail). Bien sûr, le salarié porte plus d’attention à celle qui vient de son employeur mais celle de l’extérieur n’est pas à négliger non plus. En l’absence de l’une, l’autre peut être un point d’appui important.

Mais le plus important c’est la sincérité avec laquelle la reconnaissance est pratiquée.

Etude de cas :

Le personnel de la filière hospitalière (synonyme de longues études, responsabilités, pénibilité et risques professionnels) s’est particulièrement mobilisé autour de cette question de la reconnaissance ces dernières années.

  • Les infirmières en 2008: Malgré les 100 000 ouvertures de postes programmés par la ministre de la santé (Roselyne Bachelot), le président du Syndicat National des Personnels Infirmiers (Thierry Amouroux) déplorait déjà une crise des vocations due à un grave manque de reconnaissance. En juin 2016, un infirmier et une infirmière se sont suicidés mettant en lumière le mal-être de la profession (lire l’article du Nouvel Obs).

Les revendications portaient sur le manque de reconnaissance au niveau de la formation (38 mois effectifs après le Bac mais reconnu à Bac+2 par l’Etat – élevé au niveau Licence/Bac+3 en juillet 2009), le manque de revalorisation des salaires, la reconnaissance du travail des infirmiers dans la prise en charge de la douleur, la dégradation des conditions de travail, le manque de prise en compte de la pénibilité,… Il y a plus de 500 000 infirmiers/ères en France en 2013, 67% travaillent dans le secteur hospitalier, c’est la première profession de santé.

  • Les internes en médecine, les chirurgiens et spécialistes en 2012 : Une trentaine d’organisations professionnelles avaient appelé à la grève avec des revendications différentes portant sur les conditions de travail des internes, la liberté d’installation des futurs médecins ou l’encadrement des dépassements d’honoraires des chirurgiens et spécialistes.

Dans un secteur qui manque de personnel, ce sont les 21 000 internes « qui font tourner l’hôpital au quotidien ». Ces étudiants, que les patients appellent pourtant « docteur » et qui ne le sont pas encore officiellement, enchaînent service de jour, garde de nuit, cours à l’université…pour un salaire jugé « vexatoire » (de 1 829€ bruts/mois en première année à Bac+7, la rémunération atteint 2 195€ en 3° année et 2 530€ en 5° année à Bac+12 tandis que les 12h de garde de nuit sont indemnisées à 119,02€). Dans 21% des cas, le repos de sécurité après une nuit de garde n’est pas respecté ce qui met en danger les patients.

  • Les sages-femmes en 2014 : La profession a réclamé haut et fort, pendant une grève qui a duré 6 mois, la reconnaissance du statut de praticien hospitalier (au même titre que les médecins), une demande qui date de 2001, la revalorisation du salaire (à Bac+5 le salaire en début de carrière est de 1 980€) et l’accès direct à une sage-femme ainsi que la responsabilité des accouchements sans complication. Une partie de la profession a récusé la nouvelle circulaire « vide se sens » et l’Ordre est « mitigé »… ce qui laisse présager des mobilisations futures.

« La reconnaissance est une plante qui fleurit que sur une terre arrosée par l’intérêt. » Edouard Herriot

Bibliographie / pour aller plus loin :

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7 commentaires sur “La reconnaissance : attente légitime ?

  1. « Après les médecins généralistes, les spécialistes libéraux et les cliniques, c’est au tour des urgentistes du public d’appeler à une grève «illimitée» à partir du 23 décembre. L’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) en fera l’annonce jeudi, lors d’une conférence de presse. Les intéressés dénoncent le manque d’attractivité du métier et leur temps de travail. »

    Pour lire la suite : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/12/01/20002-20141201ARTFIG00378-les-urgentistes-appeles-a-faire-greve-fin-decembre.php

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  2. La ministre Marisol Touraine affirme dans une interview au Figaro qu’elle comprendre les inquiétudes. «S’il faut ajuster, préciser, améliorer les aspects de cette loi, je le ferai, déclare-t-elle. Je vais rencontrer à nouveau l’ensemble des acteurs concernés d’ici la mi-décembre et poursuivre la concertation déjà engagée.» Concertation qui était néanmoins close depuis des semaines, et dont l’Ordre des médecins, entre autres, réclamait la réouverture.

    A lire : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/11/18/20002-20141118ARTFIG00367-touraine-tente-de-calmer-la-colere-des-medecins.php

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  3. Rebelote….

    Ils étaient une trentaine d’internes en médecine à manifester devant le CHU Robert Debré à Reims en début d’après-midi, dénonçant le projet de réforme qui touche à leur temps de travail.
    Selon l’intersyndicale INSI, le projet de loi qui prévoit une réduction du temps de formation et du temps de présence dans les hôpitaux, est « totalement déconnecté de la réalité».

    L’intégralité de l’article sur : http://www.lunion.presse.fr/region/video-les-internes-en-medecine-manifestent-ia3b24n441124

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