Est-il interdit d’oser ? dire, faire, se tromper…

Peur de poser une « question bête », peur d’être mal compris, peur du regard des autres, appréhension pour prendre la parole en public, peur de ne pas trouver les mots pour dire, expliquer, s’excuser, peur de ne pas en être capable, de ne pas y arriver, peur de ne pas avoir le courage d’aller jusqu’au bout, peur de prendre la mauvaise décision, impression que « ça ne sera pas mieux », ou que « ça ne servira à rien »… les raisons ne manquent pas pour ne pas oser.

« Il faut oser, ou se résigner à tout » Tite-Live, historien de la Rome antique

L’envie d’oser dire tuée dans l’œuf ?

Le système éducatif nous permet d’acquérir des connaissances sur la vie, la nature, les sciences, l’histoire mais il ne favorise pas le développement du sens critique, la capacité à s’interroger, à réfléchir. Le modèle éducatif a pour objectif de former des citoyens adaptés à la société, à une idéologie.

« Si tu ne sais pas, tais-toi » entend-on souvent dans les écoles. Cela génère des inhibitions et les élèves n’osent pas participer de peur de se tromper.

Les données tirées des enquêtes Pisa de 2000 (enquête menée tous les trois ans auprès d’élèves de 15 ans des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 31 pays membres) révèlent que « les élèves français répondaient moins que les autres aux questions ouvertes ». « En gros, s’ils ne savent pas, ils ne prennent pas le risque de répondre », constate l’expert, pour qui l’erreur fait pourtant partie du processus d’apprentissage : « Se tromper aide à progresser ». (article de La Croix)

Il faudrait donc réhabiliter le droit à l’erreur, aider les élèves à comprendre pourquoi ils se sont trompés pour qu’ils puissent progresser. Il faudrait aussi, à mon sens, faire de l’élève une « tête pensante » plutôt qu’« une tête bien pleine » !

Cette situation s’est-elle répercutée dans monde du travail ?

escalade-mountain-PixabayJe pense que oui. Au-delà de la plus ou moins grande timidité de chacun et de l’aisance à la prise de parole en public, nous avons tous constaté le silence qui plane à la fin d’une réunion ou séminaire, quand l’orateur donne la parole à la salle : « Y a-t-il des questions ? » … pourtant, dans ce cas, il n’y a pas de relation hiérarchique qui pousserait à l’auto-censure… l’ambiance « salle de classe » serait-elle la cause de ce silence ?

Les séances de formation et/ou coaching pour salariés et managers sur la thématique « oser dire » n’ont pas pu vous échapper. Libérer la parole, oser affirmer son point de vue, oser être en désaccord et donc essayer de trouver un terrain d’entente, valent mieux que les silences pesants et une tension palpable.

« La responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire » Abbé Pierre

Qu’en est-il de l’envie de faire, d’entreprendre ?

Selon un baromètre de l’entrepreunariat présenté par Ernst & Young en octobre 2011, les Français seraient bons derniers en Europe en matière d’esprit d’entreprise. D’après cette étude, seuls 23 % des entrepreneurs interrogés (sur plus d’un millier) estiment que la France est un pays dont la culture encourage l’initiative et la création. (article Mes Débats)

Selon une étude menée en 2012 par le Centre d’analyses stratégiques, si les Français apprécient particulièrement le statut d’indépendant, qu’ils associent à l’autonomie et à l’accomplissement personnel, ils sont 46% à préférer le salariat (taux supérieur à l’Allemagne et aux Etats-Unis). Pourtant 18% des Français déclaraient vouloir monter une entreprise dans les trois ans, contre 11% des Américains, 9% des Britanniques et 6% des Allemands. Mais les Français sont plus nombreux à douter et à avoir peur de l’échec. (voir article de 20 minutes)

Alors que le gouvernement se félicite du nombre d’entreprises créées notamment grâce à l’apparition en 2009 du statut d’auto-entrepreneur, il faut se pencher sur les chiffres d’un peu plus près pour constater que très peu d’entrepreneurs arrivent à vivre de leur activité : 6,1% (soit un peu plus de 50 000) parviennent à dégager un revenu similaire au SMIC après taxes.

Regardons les chiffres fournis par l’Accoss, le 28 mars 2013. En 2009, 336.926 personnes se sont inscrites en tant qu’auto-entrepreneurs. La même année 24.263 ont été désinscrites ce qui faisait une perte de 7,2%. Si en 2010, il y a eu plus d’inscription avec 409.926 nouveaux auto-entrepreneurs, 96 038 ont abandonné leur activité ce qui a faisait une perte de 23.42%. L’année 2011 a été la pire jusqu’à l’heure actuelle : pour 315.503 nouveaux auto-entrepreneurs, 209.071 ont été radiés faisant une perte de 66.27%. Cependant, en 2012, les choses ne se sont pas améliorées car 322.824 personnes se sont inscrites, 194.129 ont arrêtées, soit une perte de 60.13%.

Seuls 6.1%, soit 51.164 auto-entrepreneurs, se sont fait plus de 7.500 euros de chiffre d’affaire au 4ème trimestre 2012. Cette statistique inclue les 26.311 auto-entrepreneurs, soit 3.1% du total, qui gagnent plus de 10.000 euros au trimestre. (article sur Contribuables.org)

« Il est des moments où les rêves les plus fous semblent réalisables à condition d’oser les tenter » Bernard Werber, extrait de « La révolution des fourmis »

Même après un dépôt de bilan, le rebond est difficile pour en entrepreneur. Vécu comme une humiliation, la faillite ou la liquidation peut être surmontée. Voilà pourquoi certaines associations accompagnent ces entrepreneurs. Ils sont 60 000 chaque année, en France. La suppression, en septembre 2013, de l’indicateur « 040 » (privant le dirigeant d’une société en liquidation de tout financement bancaire professionnel pendant 3 ans) devrait favoriser la « seconde chance ».

Pour finir, et pour boucler la boucle en quelque sorte, je vous livre un extrait des propositions du MEDEF formulées en 2013 pour favoriser l’esprit entrepreunarial.

Créer, c’est prendre un risque. Le risque, c’est être conscient des réalités. L’autonomie, c’est être en contact avec la réalité. Or notre système éducatif enseigne encore trop souvent la dépendance, la dramatisation et le jugement. Autant de notions trop éloignées des valeurs entrepreneuriales. L’enseignement des vertus de l’échec surmonté doit être initié le plus tôt possible dans le parcours scolaire. Ce changement de paradigme constitue une véritable révolution culturelle sans laquelle le développement durable de l’esprit d’entreprendre est impossible.

L’avenir nous dira si le statut « étudiant entrepreneur » mis en place dès la rentrée universitaire 2014 et destiné principalement aux jeunes bacheliers, étudiants, diplômés de moins de 28 ans, favorisera l’envie d’entreprendre ainsi que des activités pérennes.

« Il faut oser en tout genre, mais la difficulté c’est d’oser avec sagesse »                       Bernard Fontenelle, écrivain et scientifique du XVII° siècle

 

Bibliographie / pour aller plus loin :

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Un commentaire sur “Est-il interdit d’oser ? dire, faire, se tromper…

  1. « Le régime de l’autoentrepreneur séduit encore les Français. Selon les statistiques publiées ce lundi par l’Acoss, on comptait fin décembre 2013 quelque 911.000 autoentrepreneurs dans l’hexagone, soit 11,3% de plus qu’en 2012.
    Mais pour la première fois depuis la création du statut, il y a six ans, le chiffre d’affaires moyen des autoentrepreneurs est en recul, selon l’Acoss. »
    Pour lire la suite : http://www.lefigaro.fr/emploi/2014/12/23/09005-20141223ARTFIG00015-plus-nombreux-les-autoentrepreneurs-gagnent-moins.php

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