Mobilité professionnelle : le parcours du combattant

logoChaque année, en France, 13% des actifs en emploi changent de métier, soit 3 millions de personnes (Source : La mobilité professionnelle des adultes, PRAO, 2007) or, le constat personnel que je fais est qu’il est très difficile de changer de poste, sans même songer à changer de secteur d’activité

La mobilité professionnelle ressemble à un parcours du combattant !

Qu’entendons nous par mobilité professionnelle ? Il y a tout d’abord la mobilité interne, au sein même de l’entreprise. Celle-ci peut alors être horizontale (changement de poste, de service) et/ou verticale (promotion/élévation dans la hiérarchie).

Cependant, malgré les discours sur la nécessité de former et maintenir l’employabilité des salariés, malgré la fin évidente de l’époque où le salarié faisait toute sa carrière au sein de la même entreprise, la mobilité interne est très rare… et répond plus souvent à un intérêt économique et/ou stratégique de l’entreprise qu’à celui du salarié (les changements de missions faisant partie du pouvoir de direction).

Qui ne s’est pas vu refuser une promotion ou un poste à cause du « manque avéré d’expérience en management » ? Ou (dans une France où le diplôme est roi) le manque de diplôme adéquat ? et cela, peu importe les formations continues réalisées (sur le temps de travail ou personnel en cours du soir ou en e-learning).

On constate que les salariés qui bénéficient le plus de mobilité interne sont les cadres (10%) et les professions intermédiaires (7,4%). Les ouvriers ou employés ne sont que 3,3% et 1,6% à l’obtenir (Source : Journal du Net). L’ascenseur social est donc en panne dans l’entreprise… et les inégalités perdurent.

Pourtant, « la mobilité professionnelle doit permettre un renouvellement des positions, évitant par exemple de créer un marché « dual », où ce sont toujours les mêmes individus qui se retrouvent en-dehors de l’emploi. (…) Il ne faut pas plus de mobilité, mais une meilleure mobilité. » (Source : FEACVT, 2006)

En moyenne, seul 2,8% des salariés (secteur public et privé confondus) bénéficient d’une mobilité interne (Source : Journal du net).

La situation actuelle est donc peu satisfaisante : la mobilité choisie est réduite; les mobilités sont, pour l’essentiel, subies (Source : La Documentation Française) ce qui engendre du stress et nuit aux conditions de travail.

Très souvent, pour celui qui souhaite évoluer – ou tout simplement prendre sa carrière professionnelle en main – il ne reste donc qu’une solution : partir, voguer d’entreprise en entreprise en espérant que sa « mobilité » ne soit pas interprétée comme de l’instabilité ou un manque de sérieux…

C’est la mobilité externe (le fameux « turn over ») et si le plus souvent, elle se matérialise dans le même département, parfois elle engendre une mobilité géographique (changement de département, de région).

La mobilité géographique annuelle est de l’ordre de 10 %, sans augmentation majeure depuis les années 70 (…) mais la mobilité entre départements reste de l’ordre de 2 % annuellement depuis les années 50 et n’a pas progressé (Source : La Documentation Française) alors que la société et le monde du travail évoluent !

Au-delà des raisons sociologiques et intrinsèques liées au milieu du travail en France (critères de recrutement notamment), il y a de nombreux freins à la mobilité : la vie familiale et personnelle, le travail du conjoint, le coût financier (du déménagement et de l’immobilier dans la future zone de résidence), les tracas administratifs (inscription en crèche, à l’école, transferts de dossier CAF, impôts, banque, assurance, etc) sans parler de la gestion de la résidence principale qui a pu être acquise quelques années auparavant.

« 70 % des actifs refuseraient une opportunité professionnelle si cela les obligeait à accroître leurs dépenses de logement » (Source : CREDOC)

La mobilité concerne donc principalement les jeunes et/ou célibataires : 17,2% des hommes et 14,8% des femmes. Ces taux chutent dès la présence d’un enfant à 10,7% pour les hommes et 13% pour les femmes. (Source : Journal du Net).

Le changement de métier et de secteur d’activité fait également partie de la mobilité. Il se fait le plus souvent via un CIF (congé individuel de formation) mais pour aboutir, le projet de reconversion doit recueillir l’accord de l’employeur et un financement adéquat via le FONGECIF (qui prendra en charge les frais de formation et le salaire de l’employé durant la formation). Et même si cette première étape est franchie… trouver un emploi n’est pas une mince affaire ! Sans expérience (ou simplement des stages de formation) le salarié – qui peut toutefois faire valoir sa volonté, son dynamisme, ses capacités d’adaptation, ses compétences transversales, etc – sera considéré comme un « bleu » !

La mobilité concerne aussi les chômeurs (pour un retour à l’emploi il faut parfois envisager une mobilité géographique) mais elle est de plus en plus difficile puisque les aides de Pole Emploi diminuent. Les aides au déménagements, au transport (lors que l’emploi est éloigné du domicile) ou pour aller passer un entretien d’embauche (notamment billets de train à tarif préférentiel), qui étaient accessibles à tous les chômeurs en 2008 (et dont j’ai pu bénéficier), sont désormais réservées aux bénéficiaires des minimas sociaux. Or c’est dans les périodes de fort chômage qu’il serait nécessaire de soutenir la mobilité…

Le CREDOC (étude de 2011) craint « un risque de grippage de la mobilité : sur les 4,6 millions de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, on estime que 500 000 ont renoncé à un poste pour ne pas avoir à supporter un surcoût financier en matière de logement. »

La mutation à l’international concerne principalement les cadres ou techniciens de haut vol et cela est en général proposé, organisé et pris en charge par les grandes entreprises qui mettent en place des dispositifs d’aide (au départ et au retour) pour leurs salariés.

Certains, choisissent l’expatriation, tout quitter et aller voir ailleurs. Cette mobilité grandeur XXL doit être mûrement préparée, réfléchie et soutenue par un solide « matelas » financier pour assurer un retour dans des conditions acceptables en cas d’échec. Mais là encore, ce sont essentiellement les jeunes qui se lancent à l’aventure.

Les jeunes générations seront-elles plus mobiles ?

Apparemment non, car le nombre d’étudiants européens qui font une année d’étude à l’étranger dans le cadre de leur cursus sont – et restent – peu nombreux (10% dont 4% grâce à une bourse Erasmus) notamment à cause du coût de ses séjours (malgré les bourses et les aides allouées). (Source : La Tribune )

Et pourtant, le succès des VIE (volontariat international en entreprise) – concept lancé en 2002 – tend à indiquer le contraire… Ce dispositif permet à des jeunes de 18 à 28 ans d’effectuer une mission rémunérée à l’étranger d’une durée comprise entre 6 et 24 mois.

L’opération ayant séduit plus de 7 000 jeunes et 1 739 entreprises en 2011, le dispositif sera élargi aux disciplines techniques (titulaires d’une licence professionnelle) avec le VIE Pro. (Source : La Tribune (2)

Le VIE ouvre des horizons puisque 74% des jeunes sont embauchés ensuite par l’entreprise et 6 % s’installent dans le pays où ils ont effectué leur mission. (Source :E-orientations)

Les jeunes fuient la France car « Malgré ses avantages, notre pays est trop rétrograde, peu accueillant pour notre génération. Je veux vivre dans un pays où je me sente bien. » explique une jeune étudiante de 24 ans. Ainsi, un quart des diplômés choisit un poste à l’étranger, en général dans le pays qu’il a découvert lors d’un échange universitaire. (Source : Le Point)

Une étude signale que la mobilité à l’international va augmenter de 50% d’ici à 2020 et 70% des jeunes de la génération Y interrogés, sont prêts à aller travailler à l’étranger. (Source : La Tribune (3)

Ces jeunes expatriés représentent une goutte d’eau dans l’océan des 16 millions de salariés… mais c’est aussi peut être la goutte d’eau dont le pays a le plus besoin : motivée, dynamique, avec des idées, l’envie d’entreprendre…

Bref, pas sûr que ces jeunes reviennent en France de si tôt… tant pis !

Bibliographie / pour aller plus loin :

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