Le mouton à 5 pattes… n’existe pas !

« On compte plus facilement ses moutons que ses amis. » Socrate

sheep-Nemo-PixabayJe tenais à préciser ceci dès le début, au cas où ! Dans un précédent article, j’ai évoqué les clones, également très recherchés par les employeurs. Penchons nous désormais sur les moutons à 5 pattes.

Un mouton à 5 pattes c’est le candidat parfait que tous les employeurs recherchent : c’est-à-dire jeune, mais pas trop, donc il a idéalement entre 28 et 35 ans, expérimenté (2 à 5 ans d’expérience), bardé de diplôme (en général un Bac+5 quand ce n’est pas un double cursus), polyvalent (la caractéristique de la génération Y est d’être multi-tâches ce qui est pratique), à l’aise avec l’informatique (cela va sans dire), immédiatement opérationnel (sans besoin de formation complémentaire) et qui accepte de travailler pour trois fois rien tout en n’étant pas regardant sur le nombre d’heures passées au bureau… et s’il pouvait également posséder un véhicule et être bilingue ce serait « un plus » !

J’exagère ? Que nenni !

Selon les informations issues d’annonces véridiques : une structure touristique recherchait un(e) chargé(e) de mission pour seconder le directeur donc possédant des notions de comptabilité et gestion et assumant d’autres misions spécifiques. Profil du candidat recherché : Bac+5 avec expérience similaire et possédant un bon niveau d’anglais (mais s’il pouvait parler une ou deux autres langues étrangères ça serait mieux) et possédant un véhicule. Salaire indiqué : moins de 20 000€ bruts/an soit environ 1 670 € bruts/mois (rappel le SMIC est à 1457,52 € bruts).

Une entreprise du BTP cherchait à recruter une secrétaire-comptable titulaire d’un Bac+2 et possédant 3 ans d’expérience pour un salaire de… 9,61€ / heure… soit le SMIC !

Cherchez l’erreur !

La recherche du « mouton à 5 pattes » explique-t-elle les emplois vacants ?

Vouloir le beurre, l’argent du beurre et la crémière, c’est de bonne guerre… et dans une période tendue sur le marché de l’emploi, celui qui a le pouvoir d’embaucher impose sa loi.

Cela n’a pas l’air de fonctionner parfaitement vue les milliers d’offres d’emploi non pourvues en France chaque année. Ces offres d’emploi non pourvues sont sources d’une vive polémique. D’ailleurs, le nombre varie entre 300 000 et 600 000, voir même 820 000, selon les sources et selon que l’on considère les offres d’emploi non pourvues ou les emplois vacants. Nonobstant, François Rebsamen a lui-même indiqué que « 350 000 emplois ne trouvent pas preneurs ».

Pôle Emploi, qui collecte 3 millions d’offres par an (représentant environ 38% du marché) indique que 4% des offres ne trouvent pas de candidats.

Le COE (Conseil d’Orientation pour l’Emploi) dans une étude de 2013 indique : « on peut estimer à 400 000 le nombre « normal » d’emplois à pourvoir à un moment donné en faisant l’hypothèse que la durée moyenne d’un recrutement non problématique est d’une semaine, à 800 000 pour une durée de deux semaines, à 1,2 million pour une durée de 3 semaines ». Cette situation, dans un contexte de taux de chômage élevé est « un indicateur de difficultés structurelles sur le marché du travail ».

Selon plusieurs enquêtes menées auprès des employeurs entre 2005 et 2013, « entre un quart et un tiers des recrutements sont perçus comme difficiles par les employeurs ». En conséquences, « au moins environ 400 000 tentatives de recrutement sont abandonnées chaque année faute de candidat. »

Bien sûr, il y a des métiers « en tension » qui manquent de personnel qualifié, des secteurs d’activité qui ont une mauvaise image, une inadéquation entre l’offre et la demande en matière de formation ou de compétences, des contrats à temps partiel peu attrayants, des problèmes de mobilité… Mais quelle est la part de responsabilité de la recherche du mouton à 5 pattes dans cette situation ? On ne le saura probablement jamais…car les causes des emplois non pourvus sont très variables en fonction du secteur d’activité et de la région concernée et leur hiérarchisation est très délicate.

L’étude du COE place néanmoins « largement en tête les problématiques de pénurie de candidats ou d’inadéquation des compétences disponibles, loin devant les problématiques d’attractivité ».

Revenons sur le terme « mouton », car celui-ci est lourd de sens. Car non seulement le candidat doit posséder toutes les compétences et qualifications requises, une expérience professionnelle qui correspond au poste (d’où le clone) mais celui-ci doit en sus, être « mouton ». C’est à dire une « personne crédule, passive, douce, facile à duper ou à mener » selon le Larousse. Le dictionnaire précise, que le mouton est également un « mâle châtré » (les mâles entiers étant des béliers). Bref, le candidat « parfait » doit en plus, être « docile ».

Mesdames et Messieurs les employeurs et recruteurs, revenons à la réalité. Recherchez des candidats normaux (avec leurs qualités et leurs défauts) car nul n’est parfait même pas vous et faites leurs une proposition correcte, et vous trouverez le candidat qui s’intègrera à votre équipe. Ensuite, traitez-le comme s’il était un de vos clients (c’est-à-dire avec les égards dus à un collaborateur de confiance qui fait fructifier votre entreprise) et il sera motivé et engagé dans ses missions.

« Traitez un individu comme il est, il restera ce qu’il est. Traitez-le comme il doit et peut devenir, il deviendra ce qu’il doit et peut être » Goethe

Bibliographie / pour aller plus loin :

 

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