L’ergonomie peut-elle prévenir les TMS ?

Contrairement aux RPS (risques psychosociaux) qui portent sur la santé mentale des salariés, les TMS (troubles musculo-squelettiques) affectent la santé physique et notamment les articulations, muscles, nerfs, tendons et les os.

La robotique et l’informatique n’ont pas éliminé les douleurs physiques au travail

L'homme de Vitruve, Léonard de Vinci
L’homme de Vitruve, Léonard de Vinci

Selon l’étude européenne sur les conditions de travail menée par Eurofound en 2010, 45,9% des travailleurs de l’Union Européenne se sont plaints de douleurs dorsales, 44,5% de douleurs musculaires aux épaules, cou et/ou membres supérieurs et 33,8% de douleurs musculaires aux membres inférieurs.

A l’occasion de la « Semaine pour la Qualité de Vie au Travail » en 2010, l’ANACT a mené l’enquête en France : 72% des personnes interrogées ressentent au moins une douleur associée aux TMS. Les zones du corps les plus souvent affectées sont : le dos (50%) et l’épaule/la nuque (45%) puis viennent ensuite le poignet (25%), le genou (17%) et le coude (16%).

Les métiers comportant le port de charges lourdes ne sont pas les seuls incriminés. Les postes impliquant des mouvements répétitifs et des mauvaises positions sont aussi à l’origine de TMS.

Selon l’enquête de l’ANACT, 73% des salariés interrogés estiment être soumis à au moins un risque biomécanique : position statique (40%), répétitivité des gestes (39%), minutie et précision des gestes (33%), efforts physiques (32%) ou postures inconfortables (31%).

Ainsi de nombreux secteurs d’activité sont impactés : agriculture, bâtiment, transport, hôpitaux, soins à domicile, hôtellerie-restauration, commerce-distribution…

Des conséquences économiques et organisationnelles importantes

Le rapport de la Sécurité sociale de 2011 révèle une nette augmentation (+30%) du nombre de personnes prises en charge pour des arrêts de travail et maladies professionnelles dus aux TMS depuis 2007. L’année 2011 a enregistré à elle seule, une hausse de 9,8%. Les TMS sont la première cause de maladie professionnelle en France.

Près de 85% des personnes souffrant de douleurs dorsales s’absentent moins de sept jours. Cette proportion représente seulement la moitié du nombre de jours de travail perdus. Le reste est représenté par les 15% de personnes absentes pendant plus d’un mois.

Ces absences désorganisent le fonctionnement des entreprises et provoquent des pertes économiques considérables… pourtant, les mesures de prévention sont encore rares obligeant parfois les salariés en souffrance à quitter leur travail ou à engager une reconversion professionnelle. Selon l’ANACT, les solutions intermédiaires (aménagement du poste de travail (17%) ou modification de l’organisation du travail (15%) sont peu courantes.

La réponse des institutions de santé

Provoqués par le travail, les effets des TMS augmentent avec l’âge et peuvent être accrus par des facteurs individuels (maladie chronique comme le diabète…). Avec l’allongement de la durée de cotisation et le report de l’âge de départ à la retraite, il est important que la médecine du travail intervienne pour informer, sensibiliser et alerter. Or, étrangement, les salariés sont relativement peu nombreux (62%) à évoquer ces problèmes avec le médecin du travail (par peur de perdre leur emploi notamment pour les personnes en CDD et intérimaires), ils préfèrent à 81% en parler à leur médecin traitant.

Le Plan National d’Actions Coordonnées de 2009-2012 mis en œuvre par les Caisses d’assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) et les Caisses générales de sécurité sociale avait pour objectif de « stabiliser l’indice de fréquence » des TMS (nombre de MP / 1 000 salariés) pour fin 2012, dans des secteurs ciblés. Même si les objectifs n’ont pas été atteints, les actions de presse, communication et salons qui ont été organisés ont permis de sensibiliser à la nécessité de prévenir les TMS.

Parmi les 975 entreprises ciblées (ayant eu au moins 3 cas de TMS avérés), 804 ont produit un rapport du CHSCT (Comité d’hygiène, de santé et des conditions de travail) montrant leur engagement dans des actions d’actions contre les TMS. Ceci est encourageant.

Pour répondre à vos questions, une liste d’organismes référents régionaux est disponible sur internet.

L’ergonomie peut-elle limiter les TMS ?

Formé des racines grecques ergon (ergon: travail) et nomoz (nomos: règles), le terme signifie littéralement « les règles appliquées au travail » ou « ce qu’il convient de faire au travail ». Au sens plus large, il s’agit de « la science qui étudie les relations entre l’homme et son environnement et qui s’efforce de les améliorer« . L’objectif de cette discipline est d’adapter le travail aux capacités de l’être humain. (source)

Une étude canadienne de l’IRSST s’est penchée sur l’impact des interventions des ergonomes dans les entreprises. Il s’avère que les interventions « participatives », c’est-à-dire favorisant l’engagement de la direction de l’entreprise et l’implication des employés dans le processus, sont les plus efficaces pour réduire les TMS. Il est en effet important d’analyser l’activité mais également de confronter les représentations du travail qu’ont les salariés et les responsables pour définir les caractéristiques de nouvelles situations de travail. L’intervenant doit donc mettre en place une démarche itérative impliquant de nombreux échanges avec toutes les parties concernées.

En outre, un rapport met aussi en avant la nécessité, pour l’ergonome, de travailler en étroite collaboration avec le responsable de la formation professionnelle pour adapter les postes de travail et favoriser la polyvalence (la rotation des postes devant limiter les TMS) ainsi qu’avec les spécialistes en biomécanique pour appréhender les sollicitations musculo-squelettiques des différentes tâches accomplies. L’ergonomie doit donc être interdisciplinaire pour lutter efficacement contre les TMS.

L’intervention de l’ergonome doit avant tout s’appuyer sur un cahier des charges précis (voir le guide de l’INRS). Comme toute démarche visant à introduire un changement destiné à bouleverser des habitudes de travail, voir même l’organisation d’un service, elle doit s’appuyer sur la concertation. Chaque maillon de l’entreprise doit s’approprier les préconisations afin qu’elles aient un impact positif et pérenne. Le facteur clé du succès repose sur l’attitude volontariste de la direction.

Pour une prise en compte globale des maux liés au travail

Le 3e congrès francophone sur les TMS qui s’est tenu à Grenoble en 2011 (le premier en 2005 a eu lieu à Nancy et le second, en 2008 à Montréal), a affirmé la nécessité d’une approche globale de la santé au travail car les RSP (risques psychosociaux) comme le stress peuvent générer des TMS (tensions musculaires aux épaules, nuque).

La qualité de vie au travail apparaît comme un enjeu majeur du monde de l’entreprise qui doit se pencher sur son organisation et les conditions de travail des salariés pour trouver un équilibre qui sera synonyme de performance économique et bien-être humain.

Bibliographie / pour aller plus loin :

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