Garder les seniors en entreprise, c’est souhaitable et possible !

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Une des affiches de la campagne publicitaire de l’AGEFOS-PME

Les seniors qui travaillent jusqu’à l’âge de départ à la retraite à taux plein se font de plus en plus rares tandis que ceux qui sont rappelés par l’entreprise une fois à la retraite, sont des exceptions. Si ces derniers posent la question de la transmission des compétences aux jeunes générations, les premiers imposent de réfléchir au maintien dans l’emploi des seniors. Cependant, le système de départs anticipés (préretraite instaurée dans les années 80) et la durée d’indemnisation des chômeurs de plus de 50 ans (3 ans, et 7 ans pour les plus de 58 ans) ne poussent pas à trouver des solutions. Pourtant, la pyramide des âges, l’équilibre des caisses de retraites et le respect envers nos seniors, nous y obligent !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Selon une étude publiée en 2014, en France, le taux d’emploi des 55-59 ans est de 67% un chiffre supérieur à la moyenne européenne (63%), mais celui des 55-64 ans n’est que de 44,5% alors que la moyenne en Europe est de 48% et de 54% dans l’OCDE. La DARES précise que le taux d’emploi des 60-64 ans n’est que de 23,3%. Le rapport de l’OCDE souligne que 45 % des seniors connaissent une fin de leur carrière faite de chômage, souvent de longue durée. Et l’étude DARES indique en outre que 5,7 % sont en situation de sous-emploi (travail à temps partiel, chômage technique ou partiel). Travailler après 60 ans relève donc – presque – de l’impossible… notamment en raison de la discrimination liée à l’âge qui s’opère lors des recrutements. Entre 2000 et 2010, environ 4 à 5% des travailleurs européens de plus de 50 ans et plus, ont perçu cette discrimination : le taux est de 7% en France.

Bref, le rapport de l’OCDE présente différents leviers pour l’emploi des seniors (réduction de la durée d’indemnisation, recrutement pas simulation plutôt que sur CV, réprimer plus durement les discriminations, rendre la rupture conventionnelle moins attractive, évaluer l’impact du contrat de génération, améliorer la formation, etc) et évoque les programmes menés par certains pays (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Autriche) mais je propose de présenter ci-dessous, des exemples d’entreprises qui ont su s’adapter pour garder leurs seniors dans de bonnes conditions de travail. Car on le sait, au-delà des incitations et/ou contraintes gouvernementales, il faut changer les mentalités.

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Loïc Peyron, 54 ans, vainqueur de La Route du Rhum 2014 et déclaré « Marin de l’année » (Source : L’Equipe)

« Il est bon d’être ancien et mauvais d’être vieux » Victor Hugo

Bonnes pratiques :

Chez NCC (Finlande), entreprise leader nordique de la construction, une personne, en lien avec la DRH, veille au bien-être au travail et anime la sécurité, la promotion de la santé et les activités sociales. Des actions visant à allonger les carrières ont été mises en place afin de repousser l’âge de mise en invalidité (53 ans en moyenne) dont le coût est supporté par l’entreprise. Kristiina Numminen, DRH, souligne : « Lorsque nous investissons un dans le bien-être au travail, nous avons un retour de quatre. » (Source : ANACT)

Sur un site bavarois BMW (Allemagne), 70 modifications de postes ont été imaginées et mises en place au sein du projet pilote « Aujourd’hui pour demain » lancé en 2007. Cela va de séances d’étirement, aux planchers en bois pour réduire la fatigue et l’électricité statique, en passant par les fauteuils pour les courtes pauses, les chaussures à semelles orthopédiques pour soulager les pieds, les loupes et moniteurs d’angle pour prévenir la fatigue visuelle, les tables réglables pour assouplir les contraintes physiques… Une ligne de montage entièrement dédiée aux plus de 47 ans a même été imaginée. Et vous savez quoi ? La productivité est en hausse de 7% et l’absentéisme en baisse de 5 points pour un faible coût d’investissement ! Conscient que l’âge moyen des travailleurs allait passer de 41 à 46 ans, il fallait réagir. D’autres sites du groupe s’inspirent de ce programme.

Ce que je salue dans ces exemples c’est l’effort d’amélioration des conditions de travail et de prévention de la pénibilité. En effet, un senior ne pourra pas travailler jusqu’à la retraite si son état de santé ne le lui permet pas. La gestion des âges n’est pas un sujet isolé.

L’entreprise In Situ (France), créée en 2007 et en pleine croissance, a compris que son développement passerait par la captation de professionnels hautement qualifiés. Ayant besoin de compétences techniques très pointues (hydraulique), l’âge des candidats n’est pas une préoccupation et l’entreprise n’a pas intérêt à écarter les seniors ! En outre, ces seniors, parfois à la retraite, qui reprennent une activité, évoquent la passion du métier, la valorisation de leurs compétences, la reconnaissance des clients et la transmission des savoirs, plus que le besoin matériel de travailler.

Aux Soieries Jean Roze (France), c’est le départ brutal d’un salarié en inaptitude totale et la perte de compétences qui a suivi qui a incité la direction à se pencher sur la transmission des compétences et la prévention de l’usure professionnelle.

« L’expérience de chacun est le trésor de tous » Gérard de Nerval

Au sein de la Biscuiterie de l’Abbaye (France), les analyses démographiques réalisées par un intervenant extérieur ont permis à l’entreprise de prendre conscience du vieillissement inéluctable de son personnel et de son état de santé préoccupant. Les démarches étudiées pour maintenir l’activité des seniors ont fait l’objet d’un plan d’actions élaboré de manière participative en associant les salariés, l’encadrement et les IRP.

Ces derniers exemples issus des « bonnes pratiques » identifiées par l’ANACT, témoignent de l’importance de la transmission des savoir-faire, des compétences et de l’importance pour les seniors de se sentir utiles et d’être reconnus. Des problématiques, mine de rien, qui concernent tous les salariés !

Du chemin reste à parcourir…

Sean Connery à 72 ans dans "La ligue des gentlemen extraordinaires" (2003)
Sir Sean Connery à 72 ans dans « La ligue des gentlemen extraordinaires » (2003)

Une enquête de l’ANACT, relayée dans la revue « Travail & Changement », indique que la gestion du personnel liée à l’âge se classe en 4ème position parmi les 5 grandes préoccupations stratégiques des dirigeants, après « la connaissance de la demande des clients », « le coût de la main d’œuvre », « les technologies de production et de services », mais avant « la concurrence internationale ». Seul 11% des dirigeants demandent une aide, un appui ou un conseil pour la recherche ou la mise en oeuvre de solutions concernant la problématique de gestion des âges.

Même si pour le moment il y a un écart entre perception stratégique et désir d’action, nul doute que cette question devra être prise à bras-le-corps rapidement. Que ce soit au niveau national ou local (branche, entreprise) les représentants des salariés et du patronat devront trouver un terrain d’entente et définir des actions où chacun puisse y trouver son compte.

Suggestion de lecture« Bien travailler ensemble, est-ce une question de génération ? »

Bibliographie / pour aller plus loin :

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4 commentaires sur “Garder les seniors en entreprise, c’est souhaitable et possible !

  1. Je ne déresponsabilise personne. Même si chacun a bien sûr sa part de responsabilité, il faut distinguer ce qui concerne la personne et ce qui concerne le salarié au travail. On sait que l’être humain succombe parfois à la gourmandise et aux excès qui peuvent avoir des causes privées ou professionnelles.

    On en parlait en cours avec la prof de droit social : si un employeur constate qu’un de ses employés est alcoolisé régulièrement au travail, il doit l’orienter vers la médecine du travail ou son médecin traitant par exemple car si l’employé a un accident du travail, la responsabilité de l’employeur PEUT être engagée.
    Cela peut paraître injuste ou aberrant mais la législation est ainsi faite…

    Mais nous nous éloignons du sujet de l’article…
    Bon dimanche.

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour,

    S’il est vrai que les jeunes sont plus rapides, nous les seniors connaissons les raccourcis !

    Une condition, se tenir en forme, mentalement, physiquement, culturellement. Cette culture de l’entretien du physique doit commencer jeune. Un jeune inactif ne donnera sans doute jamais un vieux super actif.

    Les entreprises doivent considérer que soigner le mental et le physique de leurs employés dans la force de l’âge est un investissement sur le long terme. Ce que je vois, c’est à dire, pressurer jusqu’à la moelle les cadres n’est pas de bonne politique. On en fait des personnes usées avant terme, au lieu de profiter de leur expérience, on les « jette » et on en prend d’autres qui se démotiveront aussi vite. N’est-ce pas de l’aberration ?

    Alexandre
    Take a breath and be relax

    Aimé par 1 personne

    • Bonsoir,

      Voilà pourquoi l’employeur a une obligation de sécurité de résultat. Il doit protéger la santé mentale et physique de ses salariés. Les deux sont liées : on connait tous la citation « un esprit sain, dans un corps sain » !
      Ce n’est pas simple mais certaines entreprises tentent d’améliorer le bien-être de leurs salariés : mise à disposition d’une salle de sport, séances de relaxation, de massage,…
      Mais il faudrait surtout que la qualité de vie au travail soit améliorée d’une manière générale, ainsi nos seniors pourraient rester, partager leur expérience et participer à la diversité de l’équipe.

      Cordialement.

      Aimé par 1 personne

      • Bonjour,

        N’est pas déresponsabiliser les travailleurs de mettre exclusivement les obligations sur le dos des employeurs et non que cette charge soit mise sur les deux parties ? A mon sens, l’employé a tout autant l’obligation de se tenir en forme que l’employeur de veiller à son bien-être. C’est trop facile de mettre toute la responsabilité d’un côté et de déresponsabiliser l’autre. Un cas réel, une petite entreprise de 5 personnes engage une personne de 25 ans pour un travail de vendeuse, 20 ans plus tard la personne a grossi de 50 kilos, fume 2 paquets de cigarettes par jour, se gave de chips et est malade à répétition; Je ne peux pas m’en séparer, est-ce normal ? Suis-je responsable ?
        Tu parles de « un esprit sain dans un corps sain », n’est-ce pas le rôle de tout un chacun de veiller à son propre équilibre, à sa propre santé ?

        Alexandre
        Take a breath and be relax

        J'aime

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