Économie durable et responsable : la valse-hésitation.

Benxi_Steel_Industries-Andreas Habich-Wikipedia
Benxi (Chine) : pollution à cause de l’industrie métallurgique et l’exploitation des mines de charbon.

Alors que la législation sur la RSE date de la loi NRE de 2001, alors que la presse relaie régulièrement des photos montrant les ravages de l’économie capitaliste sur l’environnement, alors que les réseaux sociaux se font l’écho des espèces animales en voie de disparition, comment interpréter l’assouplissement des autorisations nécessaires pour les installations classées (loi Macron) ? A quoi sert l’éco-participation (sur les appareils électriques et électroniques) si à peine un quart des appareils est collecté par les distributeurs ? Les entreprises veulent-elles vraiment s’engager dans la RSE ?

Un cap gouvernemental changeant.

La France semble vouloir s’engager sur la voie d’une économie durable et responsable, comme en témoigne la législation sur la RSE et l’obligation du reporting instaurée en 2010 (voir article précédent). Cependant les reculs opérés lors du vote du décret de la loi Grenelle II (2012) et l’allègement des contraintes instaurées par la loi Macron au nom de la croissance et de l’activité économique posent question.

Tout d’abord les art. 26 à 28 du projet de loi (n° 103 à 106 dans le texte définitif) visant à faciliter la réalisation de projets privés et publics présentant un intérêt majeur pour l’activité économique, des installations classées, des unités touristiques et des installations d’élevage a soulevé un vague d’indignation du côté des écologistes, de certains socialistes et de communistes. Il s’agissait subrepticement de limiter les recours déposés par les opposants « aux grands chantiers », comme le barrage de Sivens, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou le Center Parcs de Roybon. Le gouvernement assurait lors des débats de janvier que les mesures seraient prises « sans porter atteinte aux principes fondamentaux et aux objectifs généraux du code de l’environnement ». (Source : Le Monde).

Enfin, un amendement concernant le stockage des déchets radioactifs avait été introduit (art. 54 bis AA du projet de loi). Il permettait la création d’un site pilote dans la Meuse pour le stockage réversible des déchets nucléaires en couche géologique profonde (projet Cigéo). In fine, le Conseil constitutionnel a censuré cet article (n° 201 de la loi). Mais le gouvernement a déjà annoncé que « l’expérimentation de l’enfouissement des déchets nucléaires devrait faire l’objet d’une proposition de loi au premier semestre 2016 ». (Source : Le Monde)

A la veille de la tenue, au Bourget, de la Conférence mondiale sur le climat (novembre 2015), quelle image la France donne-t-elle ? Alors que la France est le 17° pays européen pour la part d’énergie verte produite, le gouvernement veut-il vraiment favoriser une économie verte ?

« Etre homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde » Antoine de Saint-Exupéry.

Un laisser aller qui peut être dangereux…

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Centrale nucléaire de Fessenheim (France)

Malgré les incidents sur le chantier de l’EPR de Flamanville, l’alerte lancée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire concernant un défaut de fabrication de la cuve du réacteur nucléaire, malgré le scandale des travailleurs détachés embauchés par Bouygues…le chantier se poursuit car Ségolène Royal, ministre de l’écologie, soutient que l’EPR de Flamanville « n’est pas condamné ». A cela s’ajoutent les incidents à répétitions sur la centrale nucléaire de Fessenheim qui est en fin de vie mais qui continue à fonctionner envers et contre… toute logique !

Enfin, il faut citer le scandale des « boues rouges » (effluents issus du traitement de la bauxite) déversées au large du parc national des Calanques près de Marseille par l’usine Altéo. Malgré les filtres, les taux (arsenic, mercure, chrome, etc) sont supérieurs aux limites autorisées… mais il ne faut pas remettre en cause l’activité industrielle. Sommes-nous conscients du prix (sanitaire, écologique) payé ?

Alors que les distributeurs sont obligés, depuis le 15 novembre 2006, de reprendre les anciens appareils électriques de leurs acheteurs, ils sont seulement 24% à proposer une reprise lors d’un nouvel achat. Ce taux chute à 14% pour les boutiques en ligne. (enquête 2013 de CLCV) Résultat, 31% des vieux appareils finissent à la déchetterie et 11% donnés à des associations d’économie solidaire (Emmaüs, Envie). Pourtant, le consommateur paie l’éco-participation sensée permettre cette collecte et le recyclage.

A la lumière du scandale sanitaire de la ferme des mille vaches, des marées d’algues vertes provoquées par l’agriculture intensive, des aéroports comme Vatry ou ceux de Dole et Dijon épinglés par la Cour des comptes à cause de leur déficit chronique comblé par des subventions élevées, ou du flop de certains équipements touristiques (Bioscope)… la simplification des procédures introduite par la loi Macron est-elle pertinente ? La démocratie participative n’est-elle qu’une théorie ?

La prise de conscience et les bonnes pratiques de certains.

En Chine, conséquence d’une industrialisation rapide irraisonnée, la pollution atmosphérique et celle de l’eau causeraient chaque année 470 000 morts. Le pays a décidé de légiférer en faveur de la RSE en 2005. Depuis, les mesures se multiplient : les entreprises cotées en bourses doivent publier un rapport RSE, celles qui polluent le plus doivent communiquer les chiffres sur leurs émissions dans l’air et rejets dans l’eau et celles qui enfreignent les règles n’ont plus accès aux prêts bancaires, aux appels d’offres ni aux allègements fiscaux. Ces mesures environnementales s’accompagnent d’une lutte anti-corruption.

Le groupe sud-coréen Samsung Electronics crée un fond de 78 millions d’euros pour indemniser ses salariés victimes du cancer et leurs familles et améliorer les conditions de sécurité dans ses usines.

Le directeur général Kwon Oh-Hyun a fait son mea culpa et déclaré : « Nous avons échoué à apporter l’attention nécessaire à la douleur et aux difficultés des victimes et de leurs familles ».

Aux Etats-Unis, les géants de l’agroalimentaire s’adaptent aux souhaits des consommateurs qui veulent manger sain. Kellog’s (comme le groupe suisse Nestlé) décide de supprimer les colorants et saveurs artificiels de ses céréales et certains snacks. Quant à McDonald’s, il bannit le poulet élevé aux antibiotiques de ses recettes.

« Après la crise financière, de nombreuses sociétés ont réalisé que les choses ne pouvaient pas continuer ainsi. Une entreprise doit aussi s’engager vis-à-vis des hommes et de la société », explique Ralph Siegl patron du chocolatier suisse Läderach. (Source)

earth-pixabayEn France, Capgemini, l’un des leaders mondiaux du conseil, des services informatiques et de l’infogérance, a obtenu la certification ISO 14001 qui atteste de ses efforts pour maîtriser l’impact environnemental de son activité. La démarche devrait s’étendre aux autres filiales du groupe.

Près de Nantes, Maisons du Monde publie son premier rapport RSE et lève le voile sur les actions menées : agriculture d’entreprise, bois certifié, congés solidaires…

Les laboratoires pharmaceutiques Pierre Fabre est la première entreprise du secteur de plus de 10 000 salariés a être reconnue AFAQ 26000. Une démarche volontaire développée par AFNOR et qui s’appuie sur la norme ISO 26000.

La démarche RSE de Heineken France vient d’être récompensée par le Trophée de l’économie responsable : – 23,2% d’émission de CO² en 3 ans, réduction de 30% de la consommation d’eau, recyclage ou valorisation (biogaz) de tous les déchets de production, implication des collaborateurs…

Une TPE (4 salariés) de peinture vient d’obtenir le plus haut niveau de l’évaluation Afaq 26000 de l’Afnor sur la RSE. Si une TPE peut s’engager, toutes les entreprises peuvent en faire autant, non ?

«Pour nous, c’est la reconnaissance par l’œil extérieur de tous nos efforts pour un comportement respectueux des salariés, des clients, des fournisseurs et de l’environnement. Toutes choses que nous considérons comme des règles élémentaires depuis nos débuts, bien avant qu’elles soient formalisées par les institutions», commente Michel Schmitt.

Pour finir voici une campagne de pub écologique menée par WWF Hongrie pour dénoncer le gaspillage de papier lié aux prospectus et dépliants en tout genre.

Pour la grande majorité des entreprises et industries, la RSE est une contrainte supplémentaire et coûteuse. Seul la tenue d’une ligne directrice gouvernementale constante relayée par des démarches entrepreneuriales portées avec conviction par les dirigeants et les bons gestes des citoyens vont permettre à l’économie d’opérer un tournant.

« Chacun est responsable de la planète et doit la protéger à son échelle »                   Yan Arthus-Bertrand

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Un commentaire sur “Économie durable et responsable : la valse-hésitation.

  1. Le géant des cosmétiques, L’Oréal se lance aussi dans la RSE.
    « En dix ans, le groupe L’Oréal déclare avoir réduit de 36 % sa consommation d’eau, de 50 % les rejets de CO2 de ses usines et centrales de distribution et de 23 % sa production de déchets. »
    Lire la suite sur http://business.lesechos.fr/directions-marketing/marketing/innovation-produit/021208156034-la-rse-nouvelle-boussole-de-l-oreal-202574.php?SS4iRwAD87piQ9Vb.99

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