Entre hiérarchie et incivilités, peut-on se faire des amis au travail ?

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A priori, nous nous rendons à l’usine, au bureau, à l’atelier pour travailler et rien d’autre. Et pourtant… l’entreprise étant une organisation sociale où nous passons une grande partie de nos journées, nous sommes enclin à nouer des relations plus ou moins personnelles avec nos collègues, supérieurs, clients, fournisseurs ou collaborateurs externes. Mais l’entreprise est aussi une institution parcourue de conflits d’intérêts et jeux de pouvoirs. Elle est également le reflet des maux de la société (incivilités, violences, manque de respect). Alors, (vrais) amis ou pas au travail ?

« Ils avaient des goûts communs et des métiers différents : c’est la recette même de l’amitié. » André Maurois

La socialisation au travail.

L’homme est un être social car il vit dans une société. En tant qu’individu faisant partie d’une entité qui le dépasse, il doit apprendre et respecter les règles, s’adapter aux usages et acquérir les codes en vigueur dans la société où il évolue. L’entreprise est une « société » à part entière avec ces règles, ses usages (pause café, poignée de main le matin ou simple « bonjour ») et ses codes (dress code par exemple). En tant qu’être social, le salarié cherche donc à se faire une place au sein de l’entreprise qu’il intègre (d’où les parrains et les processus d’intégration mis en place par certaines DRH pour aider à l’acquisition de ces codes et usages) et à nouer des relations. L’entreprise est un lieu de culture et de sociabilités.

Les travailleurs accordent donc une importance particulière à l’ambiance de travail. Nous le savons tous, une bonne ambiance, un esprit d’équipe, des collègues sur lesquels nous pouvons compter, les moments de convivialité, cela aide à surmonter des passages difficiles et cela contribue à la bonne humeur de chacun.

43 % des sondés sont prêts à quitter leur emploi en raison d’un « conflit avec un supérieur » (25 %) ou à cause de « collègues insupportables » (18 %). Ces raisons sont loin devant la rémunération ou les tâches à réaliser. Ceci est d’autant plus important que la mésentente peut être un motif de licenciement « si elle repose sur des faits objectivement précis, vérifiables et imputables au salarié licencié » comme l’a signalé la Cour de cassation en 2001. 

La bonne ambiance est une question stratégique puisque que selon une enquête, l’amitié au travail améliorerait la productivité pour 83% des sondés. On comprend mieux pourquoi les DRH et les employeurs investissent de plus en plus sur la « cohésion » et que les séminaires et opérations « team building » se multiplient. Cependant, l’esprit d’équipe ne se décrète pas et l’amitié se construit sur la confiance et une affinité personnelle qui ne se fabrique pas.

Les maux de la société s’invitent dans l’entreprise.

L’entreprise, lieu social est donc également le terrain où se déroulent nombre d’incivilités, violences verbales ou attaques sexistes. Loin des comportements hostiles graves comme le harcèlement (moral ou sexuel), ces « petits » gestes ou paroles peuvent néanmoins saboter le moral ou blesser les individus.

54% des incivilités proviennent du public extérieur à l’entreprise et 48% des collègues. Or, pour la moitié, ce phénomène s’est aggravé ces dernières années. 42% des salariés déclarent que ces incivilités ont affecté leur santé (stress, anxiété, troubles du sommeil). 

Selon une enquête de la DARES (2010) 22% des salariés déclarent être confrontés à des comportements hostiles : critiques injustes, déni de reconnaissance, mépris, gestes ou paroles obscènes ou dégradantes. 86% de ces comportements émanent de salariés de l’entreprise. Enfin, une étude menée par le CSEP en 2015 révèle que 80% des femmes subissent des attitudes ou décisions sexistes ! 

D’une manière plus générale, quand des collègues négligent le matériel commun, quand des odeurs de nourriture envahissent le bureau où travaillent plusieurs personnes, quand des remarques maladroites fusent, quand un collègue qui n’assume pas son erreur fait porter le chapeau à un autre, quand certains semblent avoir banni les excuses et les remerciements de leur vocabulaire,… comment maintenir une bonne ambiance et un esprit d’équipe ?

Le manque d’affinité personnelle à l’origine de l’amitié n’exclut pas d’avoir de la considération pour le collègue et ses compétences, mais pour cela le respect et la conscience professionnelle doivent être des valeurs partagées.

Entre amitié, flatterie, timidité… et amour !

L’entreprise est un vaste melting-pot où se côtoient le boute-en-train toujours prêt à dégainer un bon mot ou une blague, ceux qui pensent à leur carrière et opèrent des « rapprochements » plutôt stratégiques, les personnes effacées, timides ou réservées qui préfèrent rester en retrait, observer plutôt que participer aux échanges, et les autres qui présentent tous les traits de caractères aussi divers et variés que les couleurs de l’arc-en-ciel.

Si certains nouent au bureau de solides amitiés qui se poursuivent après avoir quitté l’entreprise, d’autres y trouvent même leur tendre moitié !

44% des salariés admettent avoir eu au moins une aventure au cours de leur carrière. Et cette banale aventure amoureuse se prolonge par un mariage dans 23% des cas, selon une enquête de CareerBuilder de 2012. 

« Le principal ennemi de l’amitié, ce n’est pas l’amour. C’est l’ambition. »               Philippe Soupault

Ce n’est pas facile de constituer une équipe et d’accorder les caractères mais je pense que le lien entre productivité et bonne ambiance au travail constitue une raison forte pour s’intéresser à la personnalité des candidats lors des recrutements, favoriser la diversité et complémentarité des profils et communiquer sur les valeurs qui guident le développement de l’entreprise.

Plus il y aura d’équité et de respect, plus les relations professionnelles seront apaisées, plus l’ambiance sera bonne et plus les relations « amicales » seront favorisées.

Bibliographie / pour aller plus loin :

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3 commentaires sur “Entre hiérarchie et incivilités, peut-on se faire des amis au travail ?

    • Peut-être parce qu’ils subissent eux-mêmes une pression similaire et qu’ils sont « entre le marteau et l’enclume »… Ils n’agissent pas tous comme ça, croyez moi, il y a aussi des managers jeunes et moins jeunes qui sont à l’écoute, qui respectent leurs collaborateurs et essaient de faire au mieux avec leurs moyens. Mais le « middle management » n’est pas le seul a devoir se remettre en question !

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