Faut-il aimer son métier un peu, beaucoup, passionnément ?

Quand j’étais jeune, alors que je m’interrogeais sur la voie à prendre pour mes études, on m’a souvent dit : « Tu dessines super bien ! Pourquoi tu ne ferais pas les beaux-arts ? » Et bien… un philatéliste travaille-t-il forcément à La Poste ? Dans les articles où il est question de reconversion ou de choix professionnel, vivre de sa passion apparaît comme l’idéal à atteindre. Penchons-nous d’un peu plus près sur cette célèbre citation de Confucius à la lumière de notre époque.

 

« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. » Confucius

Tous les excès sont à proscrire.

La passion – qu’on qualifie souvent de « dévorante », surtout lorsqu’on parle d’amour – est un sentiment excessif, parfois même douloureux. Le mot tire son origine du latin « patior, pati », un homonyme du grec « pathos » qui signifie souffrance, supplice. On retrouve ce sens quand on parle de « la passion du Christ ».

En philosophie, la passion désigne un état où la volonté est passive face aux impulsions du corps, et où elle produit un déséquilibre psychique puisqu’elle envahit l’esprit. La passion domine l’être, corps et âme pourrait-on dire. Kant la décrit comme « une maladie de l’âme », pour Platon et Descartes, elle brouille le jugement tandis que pour Hegel ou Nietzsche, elle intensifie la vie.

Bref, la passion peut être tout à la fois, positive quand elle devient un moteur à l’action, et négative quand elle entraîne impulsivité, jugement irraisonné et violence. (pour en savoir plus) Cependant, même quand elle pousse à agir, il est nécessaire de veiller à ce que l’ardeur et la ténacité qui se trouvent dans le sillage de la passion, ne prennent pas le dessus sur tout le reste.

travail_freepikSelon des chercheurs canadiens (voir publication de REMEST), la passion pour un travail – définie comme « une forte inclination pour l’emploi, que le travailleur aime, qui est importante à ses yeux et dans laquelle il investit du temps et de l’énergie » –  peut être harmonieuse (apportant satisfaction) ou obsessive (entraînant mal-être, culpabilité). Les chercheurs expliquent très bien cette dualité que l’on peut retrouver dans diverses activités (sports, jeux).

En France, 8,7% des salariés – et 42% des cadres et dirigeants – travaillent plus de 50h/semaine (Source). On peut même parler de « workaholic » (bourreau de travail) lorsque le travail devient une pulsion incontrôlable, une dépendance. Outre le fait que cela accroît les risques d’AVC et de maladies coronaires, cela a des répercussions néfastes sur la vie de famille, de couple, les relations amicales.

Quand la passion vous gagne…

Choisissons-nous notre passion ? J’en doute. La passion pour un sport, une activité artistique, s’impose à nous car nous y trouvons un intérêt particulier, une satisfaction exceptionnelle ou car elle nous permet d’exploiter et d’exprimer un don. Songeons à tous ces artistes passés ou plus proches de nous (Michel-Ange, Vinci, Van Gogh, Picasso), compositeurs (Mozart, Verdi), musiciens, sportifs, danseurs (Balanchine), chanteuses (Maria Callas), scientifiques (Einstein)… ils ne se sont pas interrogés sur ce qu’ils aimaient faire ! Cela s’est imposé à eux et souvent à un très jeune âge. Le don va de pair avec la passion, car elle est indispensable pour persévérer et exceller.

Mais comme nous le savons aussi, ces personnages d’exception ont souvent eu une vie personnelle tourmentée… et de nos jours, certains sportifs de haut niveau ou artistes, n’hésitent pas à mettre leur carrière entre parenthèses (ou à « lever le pied ») pour se consacrer à leur famille ou en fonder une.

« Arrêtez de chercher à vous passionner pour votre travail », insiste David Silverman, directeur général d’un des plus grands établissements financiers américains. « Si vous consacrez 100 % de votre temps à votre métier, il est très probable que vous soyez malheureux dans la vie ».

Conserver un passe-temps pour décompresser.

Aimer lire ne fera pas de vous un bon libraire, car il faut également avoir des compétences en gestion, relations clientèles, organisation d’événements… mais bien évidemment, pour être un bon libraire, chef de rayon ou encore bibliothécaire, il vaut mieux aimer les livres ! « Travailler avec passion » ou « être passionné par son travail » ce n’est pas forcément faire de sa passion son métier.

Depuis que j’ai découvert la rédaction – via ce blog, les articles invités et les piges – je m’interroge : pourquoi ne pas faire de l’écriture mon travail et devenir rédactrice ? Mais c’est une chose d’écrire pour le plaisir, sans contraintes majeures et c’en est une autre de se plier aux sujets, au style rédactionnel et au planning d’un éditeur… alors, je ne sais ! L’avenir le dira…

En tous cas, puisque le travail exige toujours une certaine rigueur, car il doit être réalisé dans un « cadre », en respectant certaines contraintes (délais, budget, etc) et parfois en étant sous pression, il me paraît indispensable de garder une activité, un passe-temps qui permette de s’évader, de décompresser

« On travaille pour vivre, on ne vit pas pour travailler ».

Trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

équilibre vie pro-vie perso_freepikPour moi, il ne faut pas confondre passe-temps, centre d’intérêts et passion. On peut avoir quelques hobbys, de nombreux centres d’intérêts et aucune passion (ou ne pas l’avoir encore découverte) ! Cela ne veut pas dire qu’on n’aime pas son travail ou qu’on ne puisse pas faire son travail avec plaisir ou avoir du plaisir à travailler.

Faire son travail avec plaisir nécessite d’y trouver un intérêt, un sens, un minimum de satisfaction et d’épanouissement. Mais avoir plaisir à travailler c’est un ensemble : une bonne ambiance de travail, des relations agréables avec les collègues, une qualité de dialogue avec ses supérieurs, une certaine souplesse dans le fonctionnement…  Si la plupart de ces composantes sont réunies, on aimera son travail (comme Confucius l’a dit). Mais on peut très bien être passionné(e) par son métier et éprouver une forte insatisfaction du fait de conditions de travail éprouvantes (je pense notamment aux professions hospitalières).

Enfin, il ne faut pas oublier qu’une personne ne se résume pas à son métier, au poste qu’elle occupe dans une entreprise. Le principal est d’essayer de trouver un équilibre entre ce que l’on veut faire comme métier et les conditions dans lesquelles on va devoir le faire. Peut-être qu’on sera plus épanoui(e) – plus heureux(se) – en faisant un métier moins « passionnant » (ou moins rémunéré, ou moins reconnu), mais plus en accord avec son éthique, sa sensibilité et réalisé dans de meilleures conditions, avec des horaires permettant de mener une vie de famille, de couple, voir ses amis…

« Dans la vie y’a qu’une morale / Qu’on soit riche ou sans un sou / Sans amour on est rien du tout » extrait de La goualante du pauvre Jean (paroles de René Rouzaud) chantée par Edith Piaf

Bibliographie  / pour aller plus loin :

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