Un constat sans concession… et un nouveau management.

Cet article va me permettre de partager avec vous mon avis sur deux ouvrages lus dernièrement. Le premier manquant cruellement de propositions et le second portant plus sur une réflexion globale afin de redéfinir le management et la finalité de l’entreprise, l’association des deux me semble intéressante.

« Le monde est clos et le désir est infini » Daniel Cohen, Albin Michel, 2015

Le monde est clos et le désir infini_Daniel CohenDaniel Cohen, directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure et du Centre pour la recherche économique et ses applications, dresse un état des lieux sans concession de notre société actuelle fondée sur la croissance économique qui est, selon lui, la « religion du monde moderne ». Il constate que la révolution numérique n’a pas eu la même force d’entraînement que celle de l’électricité et l’automobile.

Ce livre qui explique très bien comment nous en sommes arrivés là, pose deux questions cruciales : « que deviendra le monde si la promesse d’une croissance indéfinie est devenue vaine ? Saura-t-il trouver d’autres satisfactions ou tombera-t-il dans le désespoir et la violence ? »

L’auteur appelle à « passer de la quantité à la qualité », mais pour cela il faudrait remettre en question le capitalisme et la société de consommation qu’il a fait émerger. Or, il n’en est nullement question dans l’ouvrage… Je regrette également l’absence de propositions pour aller vers un « autre modèle » économique, social… et je trouve un peu simpliste l’appel au « changement des mentalités ».

Que nous le voulions ou non, un autre modèle va s’imposer (tôt ou tard). Des financiers invitent même à emprunter cette voie. Dernièrement, le gestionnaire de fonds Blackrock a demandé aux patrons des plus grandes multinationales de rompre avec leur vision comptable à courte vue et d’investir dans la création de valeur à long terme tandis que le plus gros fonds souverain au monde, le fonds de pension public norvégien, a décidé de se retirer de certaines entreprises, jugeant leur impact social ou environnemental néfaste à leur rentabilité. Dans une interview, Henri Lachmann, ancien patron de Schneider Electric, livre sa vision du chef d’entreprise : « être un dirigeant responsable, c’est se souvenir qu’il s’agit de créer des richesses tout à la fois pour les actionnaires, mais aussi les clients, les collaborateurs et les territoires. »

« Pour en finir avec le management efficace » François Fourcade, René Barbier et Christian Verrier, Edition Pearson, 2015

En interrogeant la pertinence du « management efficace » cet ouvrage questionne la finalité de l’entreprise, les éléments qui sous-tendent les décisions qui sont prises au sommet et la gestion des salariés. Pour les auteurs, remettre en question le management tel qu’il est pratiqué actuellement, c’est remettre en question le fonctionnement et le rôle de l’entreprise dans la collectivité. En effet, à mon avis, l’un ne peut pas aller sans l’autre.

« Nous estimons que l’activité humaine ne doit pas se faire au détriment de l’humain, ou de certains hommes, non plus que de l’intégrité de l’environnement, et qu’elle doit constamment se soucier de justice. »

Pour proposer un nouveau modèle de management, ce livre ose le métissage entre deux pensées – occidentale et asiatique – et s’appuie sur l’idée confucéenne qui veut que éthique et morale soient fondamentales pour définir le « vivre ensemble ». Pour les auteurs, l’entreprise est « un tout en perpétuel changement » dans lequel les actions du manager doivent s’insérer harmonieusement (principe du taoïsme). Ils invitent à donner plus de place au partage, à l’imagination, à l’expérimentation, à l’essai, et réhabiliter l’erreur (et l’apprentissage qui peut en être tiré), la lenteur et voir même la « non-action » (décider de ne pas agir, est déjà une action).

Ils se placent ainsi dans la droit ligne de Mintzberg, pour lequel « manager c’est faciliter l’action des autres ». Le manager doit pour cela écouter, respecter la parole qui le dérange ou l’interroge, faire preuve d’humilité, accepter l’incertitude et le fait de ne pas être le seul à détenir le savoir. La création d’espaces de paroles pour favoriser l’expression des salariés (pour mettre fin au système « top-down ») et la germination des idées devrait ainsi être favorisée. Les auteurs pensent que le manager doit veiller à la « circulation fluide de l’énergie » afin de préserver une « globalité harmonieuse » qui est à construire, collectivement, dans le « vivre ensemble ».

Le livre évoque l’image utilisée par Nicolas Go pour définir le management : « le berger est derrière son troupeau, et non devant, car ce n’est pas lui qui sait où l’herbe est bonne. »

Les auteurs en viennent naturellement à critiquer l’enseignement dispensé aux futurs managers et dirigeants dans les universités ou grandes écoles mais également le système éducatif qui pour eux reproduit le système du management efficace (notes, évaluation, concours, valorisation du premier, etc). Selon eux, « une connaissance générale des hommes et de leur façon d’être est indispensable au nouveau manager, ainsi qu’une capacité à s’interroger sur le monde. »  Il est indispensable de sortir l’étudiant du modèle scolaire classique qui compte souvent une large part d’infantilisation et de déresponsabilisation. Ils réhabilitent donc l’apprentissage par l’expérience (sur le tas) que les étudiants peuvent acquérir dans des associations, des juniors-entreprises et ils imaginent même un organisme où étudiants, professeurs, entreprises en création et en difficultés pourraient interagir.

Enfin, pour les auteurs, le « management émancipant est conditionné par un indispensable approfondissement personnel ». Ils prônent une démarche de réflexion, de « travail personnel en profondeur », de « méditation » pour que le manager questionne ses propres conditionnements et recherche la sagesse. Si je suis d’accord avec le fait que le manager – ou dirigeant – doit s’interroger sur son rôle, le sens de ses actions, sa manière d’être vis-à-vis de ses collègues, salariés, l’impact de ses décisions, les mécanismes qui influent sur son propre comportement… je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller vers la spiritualité pour cela. Mais je les rejoins sur le fait que pour questionner le monde, il faut aussi se questionner soi-même, or l’esprit critique est peu mis en avant dans le système scolaire actuel.

Cet ouvrage est atypique, par sa construction – retranscription de conversations entre les trois auteurs – et les thèmes abordés – pensée asiatique, spiritualité, formation – et nul doute qu’il bousculera un peu ses lecteurs. Ensuite, à chacun de mener sa réflexion…

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