Le groupe peut-il aliéner l’individu ?

coopération_équipe_fotoliaCet article fait suite à une interrogation d’un des lecteurs du blog. Dans des publications précédentes, j’ai évoqué l’importance de la communication en entreprise et le délitement de la cohésion d’équipe. Cependant, la question posée me paraît pertinente et complémentaire dans la mesure où elle questionne l’influence du groupe sur un individu. L’équipe peut-elle aliéner le salarié ? (c’est-à-dire le déposséder de ses forces, de sa maîtrise, modifier sa personnalité)

Une société individualiste où prédomine le culte de la réussite et la course à la performance.

La société et ses règles (lois, convenances) sont là pour protéger l’individu, sa vie, ses biens, sa liberté de penser, d’expression, de religion… mais la vie moderne a laissé aussi croire à l’individu qu’il peut vivre seul, indépendamment des autres. Voilà pourquoi on entend souvent dire que les personnes, de nos jours, sont égoïstes. En effet, dans le même temps, un nouvel idéal de réalisation de soi, davantage autocentré s’est développé.

En voulant se réaliser lui-même, l’individu s’est peu à peu coupé du groupe. En entreprise, dans la course à la réussite et à la performance, le salarié s’est détourné de l’équipe… d’autant plus que seul les résultats individuels sont mesurés dans les entretiens annuels et que la GRH s’individualise de plus en plus (au niveau des éléments de rémunération notamment). L’éclatement des collectifs de travail a permis au « chacun pour soi » de se développer dans les entreprises… néanmoins, l’homme, être social, a besoin du groupe.

Et l’équipe dans tout ça ?

coopération_trompinex_FotoliaL’esprit d’équipe est crucial dans une entreprise car il crée un collectif soudé, où chacun peut être amené à soutenir l’autre (donner un coup de main), et porte en son sein les bases d’une culture d’entreprise solide.

Comme on peut le constater avec les équipes de foot, posséder quelques « talents » ne permet pas toujours d’atteindre la réussite. Le jeu collectif, la coopération, la bonne entente et la qualité de la communication comptent aussi pour beaucoup dans le résultat final.

Kurt Lewin énonce dès 1940 : « il est de nos jours largement reconnu qu’un groupe est plus que, ou plus exactement, différent de la somme de ses membres. »

C’est le fameux principe 1+1=3. En effet, dans les relations humaines, le résultat d’une collaboration est supérieur à la somme des parties prenantes. Ce phénomène est aussi appelé « tiers esprit » du fait que l’émulation des uns et des autres génère plus d’idées (phénomène exponentiel) que si chacun était resté seul à réfléchir au sujet. La complémentarité, l’ouverture aux autres et l’interdisciplinarité sont donc porteuses d’innovation (idées nouvelles ou solutions de problèmes qui n’auraient pas émergé hors de ce regroupement).

« Aucun de nous ne sait, ce que nous savons tous ensemble. »  Euripide

Mais le groupe peut aussi entraver l’expression individuelle.

groupeLe groupe possède une force qui peut permettre de fédérer, faire en sorte que les individus se surpassent car ils seront galvanisés par l’énergie du groupe… mais il peut aussi, par la puissance qu’il dégage, inhiber certaines personnes, réduire à néant leur capacité d’initiative ou d’action.

Qui n’a jamais vécu une réunion de service, un séminaire où certaines personnes ne s’expriment que lorsque qu’elles sont en « petit comité » avec deux ou trois collègues ou relations de confiance. Elles peuvent d’ailleurs à ce moment, porter un regard très critique sur ce qui vient d’être dit ou présenté… alors qu’elles n’ont pas osé parler lorsque le micro leur était présenté ou lorsque la parole a été donnée à la salle. Bien sûr, leur volonté de garder le silence et de ne pas s’exprimer en public peut s’expliquer par d’autres raisons (timidité par ex)… mais il ne faut pas exclure la force inhibitrice du groupe.

« Il est facile de se tenir avec la foule. Il faut du courage pour rester seul. » Ghandi

En effet, l’individu qui prend la parole sentira le poids du regard – et du jugement – des autres membres du groupe et n’osera peut être pas parler s’il pense que son idée sera battue en brèche par certains… même si elle est pertinente ! S’exprimer au sein d’un groupe signifie avoir la force de supporter des critiques, des commentaires émanant de nombreuses personnes voir aller à l’encontre de la thèse défendue par la majorité ou un « expert ». Il faut savoir défendre ses convictions, tenir tête aux autres… et ne pas avoir peur de se sentir momentanément exclu du groupe. Car au fil de l’échange, d’autres personnes peuvent se rallier à celui (ou celle) qui a osé dire. Les jeux d’influence s’expriment aussi au sein d’un groupe notamment lorsqu’il s’agit de prendre une décision.

Les travaux du psychologue Kurt Lewin (1890-1947) sur la « dynamique de groupe » ont démontré que le comportement d’un individu est susceptible d’être fortement modifié lorsqu’il est en groupe. En outre, chaque groupe peut être caractérisé comme une « totalité dynamique » ; ceci signifie qu’un changement dans l’état d’une de ses sous-parties change l’état de n’importe quelle autre sous-partie. La dynamique de groupe peut aussi permettre d’appréhender le phénomène de cohésion, leadership, dépendance ou (résistance au) changement.

think outside the box-freepikVoilà pourquoi, en entreprise, il peut être pertinent d’échanger en tête à tête avec certains salariés, dans un contexte moins formel, lors du « pot » de clôture de la réunion, ou quelques jours après, pour recueillir leur avis ou remarques.

Il s’agit également de réfléchir à la taille du groupe à constituer et à la manière de faire interagir les parties en fonction du résultat souhaité : créativité artistique, créativité orientée (résolution de problème) ou créativité constructive (bâtir une stratégie). Par exemple, selon les auteurs D. Anzieu et J-Y Martin, le brainstorming inhibe la pensée créatrice et exclut l’esprit critique.

Le groupe, tout comme l’individu, possède ses caractéristiques, forces, faiblesses et dynamique. Il n’est pas incompatible de faire partie d’une équipe tout en gardant sa personnalité. L’équipe a besoin des individus pour se constituer, se renouveler, évoluer et vice-versa : il y a une interdépendance qui doit constituer une source de richesse. Mais, en tant qu’individu, il faut avoir conscience de l’influence que peut avoir le « leader » et de la force du groupe pour ne pas enchaîner sa raison et son esprit. Notre individualité doit – selon moi – toujours rimer avec libre-arbitre (mais cela n’exclut pas de prendre conseils et avis).

« Celui qui suit la foule n’ira jamais plus loin que celle-ci. Celui qui marche seul peut atteindre des lieux où nul autre n’est allé. » (auteur incertain)

Bibliographie / pour aller plus loin :

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