L’absence de conscience professionnelle ruine-t-elle l’entreprise ?

Je souhaite aborder ici la notion de « conscience professionnelle » tout d’abord pour faire suite à une recherche par mots-clés réalisée sur le blog et ensuite car je pense qu’elle est peu abordée par les services RH et le management alors qu’elle entretient, à mon sens, un lien étroit avec l’engagement et la motivation. Par ricochet elle peut donc affecter l’esprit d’équipe et in fine, la performance de l’entreprise.

A brûle-pourpoint, c’est quoi la conscience professionnelle pour vous ?

Pour moi, c’est par exemple :

  • répondre au téléphone même s’il sonne 5 minutes avant la débauche,
  • rester au-delà de l’horaire de travail car je me suis engagée auprès d’un client ou d’un collègue à lui fournir une information ce jour,
  • réaliser toutes les tâches qui m’incombent même les moins valorisantes ou celles qui me déplaisent, sans chercher d’excuses (« j’ai pas eu le temps ») ou se délester auprès d’un collègue,
  • réaliser un travail de qualité quand bien-même je sais qu’un responsable de projet est présent pour rattraper les erreurs,
  • respecter les délais (fixés d’un commun accord) pour ne pas retarder les partenaires qui collaborent sur le dossier,
  • mettre « au carré » mes dossiers et archives en vue d’une transmission à un remplaçant ou successeur (au lieu de lui laisser une « forêt vierge » où « une chatte « n’y retrouverait pas ses petits »),…

Pour résumer, la conscience professionnelle c’est une obligation morale, une force intérieure qui me pousse à agir indépendamment des directives de la hiérarchie. Bref, c’est ce qui me permet d’être droite dans mes bottes et de regarder en face mes collègues et mon supérieur !

« On peut tout fuir, sauf sa conscience. » Stefan Zweig

La philosophie aide à mieux cerner la notion.

Tout d’abord vous allez peut-être découvrir (comme je l’ai fait lors des recherches pour l’écriture de cet article) qu’il existe plusieurs types de conscience ( !) : la conscience immédiate ou spontanée, la conscience réfléchie et la conscience morale.(source)

La conscience immédiate ou spontanée est liée à l’expérience vécue, au ressenti de l’homme dans l’environnement qui l’entoure.

Néanmoins, si l’homme a conscience de l’existence du monde extérieur dans lequel il est plongé, il a également conscience qu’il agit,  pense, entend, etc. La conscience a donc aussi une capacité réflexive, qui est le propre de l’homme, et qui lui permet de faire un retour sur lui-même. C’est la conscience réfléchie ou conscience de soi : elle permet à l’homme de porter un regard critique sur ses pensées ou ses actions, de les analyser.

La conscience morale est celle qui juge nos actions, c’est la petite « voix intérieure » qui nous rappelle que c’est « bien » ou « mal ».

La conscience réfléchie et la conscience morale sont liées. C’est parce que nous sommes conscients de nos agissements que nous pouvons en être tenus pour responsables et donc être amenés à répondre de nos actes. Ce sont ces deux consciences qui sont à l’œuvre dans la vie, comme dans la sphère professionnelle.

« La conscience est donc le propre de l’homme et si elle fait sa misère, elle constitue aussi sa grandeur. »

Aurait-elle disparue de l’entreprise ?

Je suis persuadée qu’il reste des salariés engagés, ayant à cœur de bien faire leur travail, attachés au service client et ayant le sens des responsabilités. Mais j’ai aussi constaté qu’il y en a certains qui se contentent comme on dit de « faire le minimum syndical » tandis que d’autres sont contraints par l’organisation, le budget, le manque de moyens de bâcler leur travail ou d’aller puiser profondément des ressources en eux au risque d’être en burn-out. Si certains salariés se complaisent dans cette situation en se disant que c’est un juste retour des choses compte-tenu du faible salaire versé, du management pratiqué, de l’absence de promotion, etc… d’autres estiment manquer de reconnaissance et se désengagent tandis que quelques-uns peuvent même en souffrir lorsque le contexte les forcent à aller à l’encontre de leurs valeurs.

« Ne fais jamais rien contre ta conscience, même si l’Etat te le demande. » Albert Einstein

Il y a peu d’articles sur le sujet donc je vous invite à lire ce dossier du Monde (payant : 2€) intitulé « Conscience professionnelle, une valeur mise à mal » de 2014.

La conscience professionnelle est, nous l’avons vu ci-dessus, liée au sens des responsabilités et au regard que le salarié portera à posteriori sur ses actes (ou non-actes : « j’aurais du, j’aurais pu… »).

Lors d’un entretien avec un chef d’entreprise, il me faisait part de son constat : « Les salariés des nouvelles générations ne veulent plus prendre de responsabilités. Mais dans le même temps, la chaîne hiérarchique est parfois tellement longue que même les managers ou cadres ont, dans les faits, peu des responsabilités. La plupart de leurs décisions doivent être validées par la hiérarchie. » L’absence d’autonomie et de possibilité de prendre des décisions en toute responsabilité tuent dans l’œuf la conscience professionnelle. Le salarié devient un « simple » exécutant.

Si l’entreprise ne récompense pas la conscience professionnelle, elle provoque le désengagement et la démotivation, et par ricochet, elle engendre la dégradation de l’esprit d’équipe et brise le collectif de travail. Rares sont les collègues qui voudront prêter main forte ou décaler des congés pour un salarié qui bâcle son travail ou traîne des pieds pour respecter les délais… En outre, si deux collègues ont le même salaire, celui qui a une conscience professionnelle développée peut se sentir floué, ce qui risque de créer de l’animosité entre collègues.

Bref, ne pas reconnaître à sa juste valeur la conscience professionnelle c’est – selon moi – « faire des économies de bouts de chandelles » ! C’est avoir une vision à court terme ce qui risque de ruiner la performance de l’entreprise à moyen ou long terme.

Un problème qui dépasse les frontières de l’entreprise.

Cependant, je doute que l’entreprise puisse, à elle seule, résorber cette situation et renverser la vapeur. Je pense que le manque de conscience professionnelle, avec son corollaire qui est le désengagement, n’est que la partie visible de l’iceberg et je m’interroge.

Dans un système économique mondialisé et pétri de technologie, la cause de la diminution de la conscience professionnelle ne doit-elle pas être recherchée parmi les fondements de la perte des valeurs anciennes ?

La parcellisation du travail (en clair, le travail à la chaîne instauré à partir du XIX°s) pourrait-elle être à l’origine de la diminution de la conscience professionnelle ? Cela pose donc également la question du sens du travail à l’heure où la pénétration de la technologie dans les métiers (robotisation, IA) est croissante (sans parler des délocalisations ni du chômage). Comment l’hôte/esse de caisse considère-t-il/elle son métier quand il est remplacé par des automates ? Comme être motivé, fier, se sentir responsable de la tâche accomplie (et de sa qualité) si le salarié est assisté par une machine ? Quelle part de responsabilité est laissée à l’humain vis-à-vis de la machine ? N’avez-vous jamais entendu dire : « C’est à cause d’un bug informatique » ? Et le travailleur dans tout ceci ? Les débats sur la responsabilité d’un accident causé par une voiture autonome avec un conducteur à son bord étant lancés, ma question n’est pas ubuesque ! Le travailleur est-il destiné à devenir la « roue de secours » de la robotique ? Quel avenir pour le travail humain en 2050 ? Sur quelles valeurs s’appuiera la société de 2050 ?

 

Bibliographie / pour aller plus loin :

 

Publicités