« Management : le grand retour du réel » Philippe Schleiter

Cet ouvrage, écrit par un consultant en accompagnement du changement (vous trouverez aisément son profil sur LinkedIn), valorise le management « moderne » et le rôle de cette « élite qui s’ignore » et qui évolue (avec les équipes) dans des environnements où les changements se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu. Si je n’apprécie pas vraiment les conseils à l’emporte-pièce (10 meilleures façon de…, 5 erreurs à ne pas faire…) cet ouvrage est original par le ton employé même si parfois, en soufflant le chaud et le froid, j’ai eu du mal à déterminer la position de l’auteur.

Le pouvoir du manager.

Le premier chapitre réhabilite le manager en tant que « chef ». Non pas le « petit » chef, mais le chef qui décide, qui assume l’autorité dont il dispose de par les fonctions qu’il occupe, qui explique ses prises de position et accepte les conséquences, qui mobilise, guide et insuffle l’envie de relever des défis.

En cela, je le rejoins. Je pense que les salariés n’acceptent pas une autorité brutale, despotique ni une autorité illégitime… par contre, ils attendent une « autorité entraînante capable de repousser les frontières du possible». Il remet au goût du jour la citation d’Antoine de Saint-Exupéry : « Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes l’envie de voir la mer. »

Réhabiliter la gestion à long terme.

Dans ce chapitre, l’auteur met en garde contre les effets néfastes du mouvement perpétuel qui agite les entreprises dans une course effrénée contre le temps, les évolutions du marché et pour les rendements financiers à court terme.

Cette citation extraite du livre résume parfaitement l’idée générale qui réhabilite la vision à long terme et les projets structurants dans lesquels les salarié/es peuvent se projeter et s’investir : « Ce capitalisme sans projet, qui ne fait rien d’utile de ses milliards, qui n’investit pas et ne prépare pas l’avenir se condamne lui-même » Patrick Artus et Marie-Paule Virard.

Favoriser le courage et l’engagement.

Après quelques pages opposant féminin et masculin (et oubliant par la même occasion que l’être humain est fait de dualité dont l’équilibre crée l’harmonie), l’auteur souhaite valoriser le courage, le défi, la compétition et l’esprit d’équipe associées au rugby, « seul sport de combat collectif ».

Je pense plutôt que si la fraternité, la camaraderie et l’effort partagés tendent à disparaître dans les entreprises, il faut plus chercher la raison dans la dissolution organisée des collectifs de travail que dans la « féminisation » de la société !

Ensuite, lorsqu’il évoque le manque d’engagement en entreprise, il rappelle – chiffres à l’appui – que les individus sont capables d’engagement (armée, associations). Il revient donc à l’entreprise de donner envie aux salarié/es de s’engager en combattant l’ennui, en donnant des repères stables, des défis à relever…

Certes, mais il est important de ne pas se voiler la face. De nombreux salarié/es occupent un emploi « alimentaire », peu valorisé par la collectivité et parfois réalisé dans des conditions pénibles. Difficile donc  – à mon sens – d’exiger, en plus, de l’engagement…

Ne pas confondre bien-être au travail et bonheur !

Effet de mode oblige, l’auteur dédie un chapitre au « bonheur » au travail et taille un costard sur-mesure aux actions médiatisées et infantilisantes qui ont parfois un air de manipulation et qui ne traitent pas les véritables motifs d’insatisfaction, voire de frustration.

Je rejoins cette analyse critique portant sur des actions menées dans l’unique but de redorer le blason de l’entreprise auprès des médias et/ou à masquer la dégradation du travail réel. Le travail n’est qu’un élément parmi d’autres (couple, amis, loisirs,…) participant au bonheur de l’individu. Il n’est pas demandé à l’entreprise de faire le bonheur du salarié, mais de lui offrir des conditions de travail respectueuses de sa santé, lui permettant de remplir ses missions correctement…et si possible, d’évoluer et de s’épanouir.

Gloire à l’entreprise et à la valeur travail !

Deux chapitres sont dédiés à vanter les mérites de l’entreprise, « peut-être l’institution la mieux placée pour relever le défi de la mondialisation », et de l’industrie qui a perdu 1,5 million d’emplois partiellement compensés par l’essor du secteur tertiaire. Cette industrie autrefois accusée de polluer et détruire le cadre de vie porterait désormais en elle les promesses d’un environnement sauvegardé et d’une ville nouvelle animée par les nouvelles technologies.

Si, dans le sillage de l’auteur, je ne peux que déplorer l’image négative collée au dos des métiers industriels et si j’admets que des efforts sont faits pour respecter le cadre réglementaire (ICPE, ATEX, etc)… il n’empêche que les affaires de pollution (PCB et métaux lourds, crassier de Florange) ou sécurité alimentaire (lait infantile contaminé aux salmonelles, Fipronil dans les œufs, lasagne à la viande de cheval) défraient régulièrement la chronique. Certes, le risque zéro n’existe pas, mais…

L’auteur dédie également un chapitre aux Trente Glorieuses et salue les hommes et femmes qui à la fin de la Seconde Guerre Mondiale se sont retroussés les manches, ont enfilé bleu ou costume pour aller travailler 40 à 50 heures hebdomadaires pour reconstruire la France. Il invite les contemporains à chercher dans cette époque une « source d’inspiration et de confiance » pour retrouver « l’esprit volontaire, endurant et irrigué d’envie et de projets. »

J’ose m’exclamer que c’est une chose de s’investir pour reconstruire les villes bombardées et infrastructures détruites de son pays et une autre que de travailler pour enrichir les actionnaires comme en témoigne cet article qui indique que ces derniers ont perçu 75% des bénéfices réalisés par les entreprises du CAC40 !

Au passage, il égratigne les centrales syndicales – partenaires sociaux et acteurs de la vie politique et sociale – qui nuisent fortement à la compétitivité des entreprises et qu’il oppose aux élus de terrain qui constituent des interlocuteurs indispensables pour faire évoluer les organisations et les formes de travail.

Enfin, après avoir évoqué les risques de suppressions d’emplois liés à l’essor de la robotisation, il fustige le concept « entreprise libérée » sans hiérarchie, sans chefs, sans managers en rappelant le taux élevé d’insuccès.

Étrange que l’auteur ne se penche pas sur les effets néfastes du lean, autre mode largement diffusée au sein des entreprises… Comme je l’évoque dans cet article, en management d’entreprise ou des hommes, il n’y a pas de recette miracle en raison du caractère unique de chaque individu et de ce construit social qu’est l’entreprise.

Les dirigeants : « cap’ » ou « pas cap’ » ?

Dans deux chapitres, l’auteur doute de la capacité des « grandes écoles » à former les élites de demain pour qu’elles soient en mesure d’accompagner – voir d’impulser – les changements auxquels les entreprises – et le pays – vont devoir faire face. En effet, comme lui, je pense que la vie repose sur l’adaptation cependant, pour éviter les résistances au changement, il faut mettre en place une démarche de co-construction… qui n’est pas toujours plébiscitée dans les entreprises.

Cette citation extraite du livre met, je pense, le doigt sur l’essentiel : « en tant que citoyens et salariés, ils préfèrent être conduits, inspirés et entraînés par des dirigeants qu’ils admirent ».

Retrouver le goût du risque.

Ici l’auteur fait l’éloge du risque qui serait « l’essence même de l’entreprise » qui a « fréquemment un coup d’avance sur le reste de la société » et salue les intentions entrepreneuriales croissantes des Français qui voient dans la création d’entreprise « un bon choix de carrière ».

De très nombreux articles font état du retard des PME et ETI françaises face à la transformation numérique alors que le e-commerce est en plein boom ! Quant aux initiatives entrepreneuriales, il serait peut être juste de se demander si elles reflètent un goût du risque ou si elles ne sont pas plutôt, une solution de repli face au monde du travail qui ne répond plus aux attentes de certains salarié/es…

Les générations se suivent…

La génération Y ou « Why » est présentée dans un chapitre qui met en perspective les attentes de cette jeunesse qui intègre le monde du travail et la génération « 68 » qui s’est battue jadis, pour changer certains pans de la société. L’auteur rappelle avec justesse que la génération Y est « le fruit de son époque et non pas le contraire ».

Pour conclure, si je suis d’accord sur le fait que les DRH doivent descendre sur le terrain et aller à la rencontre des managers et des salariés et s’efforcer de lâcher le discours corporate auquel presque plus personne ne croit, mais je doute que l’entreprise soit le seul rempart dans un monde chahuté… comme le montrent – à mon avis – les plans de ruptures conventionnelles collectives validés (PSA, IBM, Société Générale) depuis la publication des ordonnances. Comme lui, je suis convaincue qu’il faut redonner du pouvoir et de l’autonomie aux managers intermédiaires coincés entre le marteau et l’enclume… mais j’avoue que je m’attendais à un ouvrage plus structuré et à une réflexion plus poussée.

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