Impact de la robotique et de l’IA sur le travail : les paramètres oubliés.

Depuis quelques temps je lis de nombreux articles sur l’intelligence artificielle (IA) et la robotique et comme certain/es, je m’interroge sur le futur du travail. Cependant, les écrits me laissent toujours sur ma faim car il manque des paramètres, une vision globale. Je vous invite à me suivre dans mes réflexions et à me faire part, en commentaires, de votre vision du futur du travail, si vous le voulez bien !

L’humain fait de la résistance !

Selon l’étude du Bureau Labour Statistics des Etats-Unis, 47% des métiers ont une probabilité forte d’être robotisés ou automatisés. Dans le même temps, une étude de l’OCDE indique que 25 à 35% des métiers seront plus ou moins affectés par ce phénomène : environ 8% des métiers risquent d’être automatisés ou robotisés tandis que près de 30% verront les tâches évoluer.

Les métiers peu qualifiés et/ou comportent des tâches répétitives seront le plus affectés mais c’est sans compter sur le phénomène de résistance et quelques effets pervers qui peuvent freiner un déploiement massif.

Dans les grandes surfaces, force est de constaté, que 15 ans après l’introduction des caisses automatiques, les caissier/ères sont toujours là (même si leur nombre a diminué). Pourquoi ? Car les clients « boycottent ». Ils font de leurs achats un acte militant et tentent ainsi de préserver ces emplois. Ainsi, Carole Desiano, secrétaire fédérale grande distribution chez FO, estime que le système a atteint ses limites car les caisses libre-service ne répondent pas à tous les besoins et car le drive est apparu.

En France, les caisses automatiques représentent 3,5% du parc des terminaux de la grande distribution. En 2009, Intermarché a équipé un magasin de 40 caisses en libre-service (sur un total de 48 caisses). Cette expérimentation s’est soldée par un échec et le retour à une majorité de caisses classiques.(source)

Selon une étude, 12% des Français n’utilisent jamais les caisses en libre-service, 39% préfèrent un/e caissier/e quand 39% déclarent  « avoir l’impression de faire le travail du magasin.» Même si 88% des personnes interrogées utilisent les caisses automatiques, 34% souhaitent qu’une personne soit présente constamment pour une assistance.(source

Dans le domaine du service client, qui n’a jamais pesté contre les automates téléphoniques et tapé rageusement sur tous les choix possibles afin d’avoir un humain en ligne ? 😉

Des effets pervers insoupçonnés !

Usine Renault – Cléon, Normandie.

Une étude indique que les caisses automatiques des supermarchés favorisent les vols. Ainsi, au Royaume-Uni, 20% des clients avouent frauder en passant par les caisses libre-service ! (source)

Par ailleurs, la surveillance des caisses en libre-service impose une attention de tous les instants ce qui provoque une charge nerveuse lourde. Le poste est donc difficile à tenir au-delà de 3h.

Comme on pouvait le craindre, l’automatisation va supprimer les TMS des caissier/ères mais créer d’autres problèmes de santé au travail… Le port des exosquelettes, soulageant les muscles humains, génère aussi beaucoup d’interrogations : effets sur les articulations, points de compression, impact psychologique, etc.

La veille que je réalise indique que des exosquelettes sont déjà présents chez Vinci, Renault, Ford et autres tandis que Volvo s’interroge sur son utilisation.

La polyvalence et l’adaptabilité, points forts de l’humain !

Les robots d’usine (ou les distributeurs automatiques de billets, les caisses libre-service, etc) sont mono-tâche contrairement aux salarié/es dont les tâches sont modulables et évolutives (parfois moyennant une formation bien sûr).

Enfin, je pense que le robot capable de remplacer les humains dans les abattoirs ne verra pas le jour de ci-tôt, pourtant c’est un métier physique et pénible (froid, odeurs). La viande n’offre pas toujours la même résistance, les os sont plus ou moins friables et une dextérité et adaptabilité sont indispensables pour ne pas gâcher le produit.

Les métiers qualifiés également en danger.

Certains articles évoquent également l’impact de l’IA sur des métiers qualifiés tels les juristes, les comptables voir même les journalistes. En effet, des logiciels permettent de trouver les jurisprudences les plus adaptées à l’affaire traitée et les robots rédacteurs pointent le bout de leur nez au Monde et au Washington Post. Les robots ont pénétré les RH et répondent aux questions simples des salarié/es (chatbots) ou aident les recruteurs à faire un premier tri dans les candidatures reçues… même si l’expérimentation menée par L’Oréal en Russie avec Vera a tourné court.

Je pense aussi aux métiers de la qualité qui seront supplantés par des scanners sophistiqués qui identifieront et extrairont automatiquement de la ligne de production les produits défectueux. Idem avec les techniciens de maintenance qui n’auront plus qu’à traiter le dysfonctionnement identifié par un voyant lumineux sur un circuit représentant la chaîne de production (un peu comme la « valise » qui indique la panne sur une voiture et les voyants lumineux du tableau de bord).

L’humain, complément indispensable de la machine ?

La vente de robots industriels explose (+31% en 2017) mais l’expérience d’Elon Munsk, patron de Tesla, indique que l’usine du futur entièrement automatisée n’est pas pour aujourd’hui ! Le surcoût et la complexité du procédé de fabrication n’auraient pas permis d’atteindre les économies d’échelle attendues. Même les meilleurs constructeurs automobiles japonais limitent l’automatisation de la chaîne d’assemblage car elle est « chère et statistiquement contre-productive en termes de qualité ». (source)

Chez Amazon, on compte 100 000 robots « Kiva » dans la chaîne logistique mais l’humain représente encore 6/7 de l’effectif. Les préparateurs de commandes vont piocher le produit demandé par le client dans les boîtes empilées sur des étagères déplacées par le robot. (source)

Ainsi, je pense que l’humain interviendra en complément (ou en bouche-trou, si on voit le verre à moitié vide) de la machine sur des tâches non automatisables, délicates, pointues nécessitant précision, ajustements incessants et dextérité.  De la même manière, il faudra pallier aux arrêts des robots (pour maintenance, panne, mise à jour du logiciel, etc)… donc je doute que l’intérim ou les « free-lance » viennent à disparaître…

Enfin, je vois mal un robot supplanter les artisans et fabriquer une selle, de la joaillerie, de la dentelle ou une montre… car dans un monde où la plupart des produits seront fabriqués en masse par les machines, posséder un objet fabriqué de la main de l’homme, constituera un luxe, une marque sociale distinctive… un peu comme aujourd’hui !

Les ressources pour fabriquer les robots…

Un aspect rarement évoqué dans les articles dépeignant le(s) futur(s) du travail, est la matière première nécessaire à la fabrication (et entretien) des  produits technologiques et notamment les terres rares. Ces éléments métalliques sont présents à l’état de trace dans la plupart des environnements naturels mais des techniques complexes et souvent polluantes sont nécessaires pour les extraire. Les terres rares sont utilisées depuis les années ‘70 mais le BRGM estime que la demande va augmenter de 4% par an jusqu’en 2020. (source) L’exploitation de ces matières à haute valeur ajoutée risque d’engendrer des tensions politiques sans oublier l’impact environnemental puisque des gisements ont été localisés au Groenland…

Par ailleurs, la pénurie de main d’œuvre (programmeurs, informaticiens de haut niveau pour créer les algorithmes et logiciels d’exploitation, veiller à la sécurité des parcs de robots et réaliser la maintenance) va rythmer la fabrication et la diffusion des robots et systèmes automatisés.

Des dirigeants prêts à lâcher le pouvoir ?

Autre paramètre oublié, la notoriété liée au pouvoir de l’homme sur l’homme. La plupart des entreprises fonctionne comme une monarchie (principe de la hiérarchie pyramidale). De Thomas Hobbes à Max Weber en passant par Voltaire, la majorité des philosophes s’accorde sur le fait que la principale caractéristique du pouvoir réside dans l’efficacité du lien entre commandement et obéissance. Or, un dirigeant ne peut exercer aucun pouvoir (commandement, sanction) sur des robots et il ne sera ni respecté, ni craint en retour.

Donc en vertu du principe « un roi sans peuple, n’est rien », j’en conclus qu’il n’est pas impossible d’envisager une certaine résistance de la part des PDG, chefs d’entreprises et cadres dirigeants face à une automatisation ou robotisation massive des emplois.

L’oisiveté, mère de tous les maux ?

Par ricochet, si le nombre de travailleurs se réduit, quel sera l’impact psychologique sur ces personnes devenues « non-productives » (à l’instar des chômeurs ou seniors poussés vers la sortie) ? Comment ce temps libre sera-t-il comblé ?

Si un quart des Français est bénévole, notamment dans des associations (+2,8% par an entre 2010 et 2016 selon ce rapport), les jeunes (18-30 ans) sont plus nombreux (35% en 2016 contre 26% en 2015) mais leur engagement citoyen est plus protestataire (boycott, occupation des lieux, signature de pétitions en ligne, manifestations) que celui des ainés.

Une étude de l’INSERM affirme que lorsque le taux de chômage augmente de 10%, le taux de suicide progresse en moyenne de 1,5%. On assiste également à une hausse du nombre de dépressions et conduites addictives.

Selon une étude, le travail occupe une place très importante dans la vie pour 65% des Français (contre 40% des Danois ou Britanniques). Par ailleurs, plus de la moitié des Français estime que le travail est nécessaire pour développer pleinement ses capacités (contre 20% en Grande-Bretagne, Suède et Finlande). Pour 42% des Français (contre 30% en moyenne en Europe), le travail est un moyen de s’accomplir.(source)  

Quand on connaît le climat des quartiers défavorisés où le taux de chômage est élevé (environ 25%), on peut penser que la classe politique limitera l’essor de la robotisation pour préserver la paix sociale…

Ce n’est pas la fin du travail mais…

…cela implique une évolution sociétale car il existe des freins culturels à la diffusion de la robotique (notamment les robots de socialisation) et de l’IA. Or, cela prend des décennies, voir des siècles si l’on en croit la lente évolution du statut de la femme et l’inégalité homme-femme persistant dans le travail.

Extrait (page 7) de « Social acceptance and impact of robots and AI », NRI, 2017

Comme l’indique cette enquête européenne, les Français sont plus réservés que leurs voisins en matière de robotique et d’IA. Ainsi, la perspective de se faire remplacer par un robot au travail suscite un sentiment de malaise chez 49% des Français (contre 35% des européens).

Quel sera le rôle de l’éducation (primaire, secondaire, supérieure) et quelles matières seront enseignées ? Tout le monde bénéficiera-t-il d’une éducation ou uniquement les personnes dotées de certaines capacités, complémentaires à celle de la robotique et IA ?

Assisterons-nous à l’émergence d’une société des loisirs pour distraire la population inactive ? Mais dans ce cas, aura-t-elle les moyens de se les offrir ? Quel sera le montant du revenu de remplacement ou complémentaire ? Sachant qu’il faut maintenir la paix sociale ainsi qu’un certain niveau de consommation sinon la production massive n’a plus de raison d’être…

Assisterons-nous à un renforcement de la pratique religieuse qui redonnera un sens à l’existence humaine ? Va-t-il y avoir un regain d’intérêt pour la spiritualié ou la philosophie ? Puisque nous ne serons plus pressés par le triptyque « métro-boulot-dodo », comment évoluera notre rapport au temps ? Sera-t-il la fin du boom des métiers d’aide à la personne (puisque nous aurons plus de temps libre) ? Comment seront gérés les flux de migrants économiques dans ce contexte ?

Pour moi, le problème de la robotisation des métiers et l’impact de l’IA sur le travail ne peuvent pas être isolés du contexte social, culturel, économique et politique du pays. Se focaliser sur le nombre d’emplois perdus et/ou créés et le moyen de financer le revenu « universel » n’est que la partie émergée de l’iceberg.

« Ce n’est point le perfectionnement des machines qui est la vraie calamité ; c’est le partage injuste que nous faisons de leur produit. » Jean de Sismondi (1773-1842)

Pour aller plus loin / films visionnés :

  • A.I. (2001) : « La science va créer un nouvel ordre d’être artificiel.» bande annonce
  • Eva (2012) : « Le premier robot libre.» bande annonce
  • Transcendance (2014) : « Je crains le jour où la technologie dépassera l’homme.» Albert Einstein bande annonce
  • Lucy (2014) : « Qu’est ce qui se passera quand elle sera à 100% de ses capacités cérébrales ? » bande annonce
  • Ex_Machina (2014) : « Le test est de te la présenter comme un robot et de voir si tu penses toujours qu’elle a une conscience.» bande annonce
  • Chappie (2015) : « C’est une nouvelle forme de vie, une nouvelle étape dans l’évolution.» bande annonce
  • Zoé (2018) : « Avez-vous envisagé une relation avec un être synthétique ? » bande annonce
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.