Le stress positif n’existe pas !

Dernièrement, j’ai échangé avec quelques personnes sur les RPS et sur les effets du stress sur la santé… et à nouveau, quelqu’un m’a fait remarquer qu’il existe un stress positif qui nous permet de nous surpasser, de relever des défis. Bref, les artistes sont stressés avant d’entrer sur scène et pourtant, ils performent, donc pourquoi il n’en serait pas de même pour les travailleurs ? En jetant un œil à la définition et au mécanisme qui génère le stress, nous comprendrons pourquoi le stress doit être limité en intensité et en durée.

Le stress : c’est quoi ?

L’ANI du 2 juillet 2008 définit le stress comme « un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. […] Le stress au travail peut être provoqué par différents facteurs tels que le contenu et l’organisation, l’environnement de travail, une mauvaise communication, etc. »

Du point de vue de la recherche scientifique, la réaction de stress est un processus indispensable d’adaptation tant biologique (par la libération d’adrénaline puis de cortisol), que psychologique (par la peur et la colère) de l’individu à son environnement, quand celui-ci devient plus difficile ou qu’un danger survient.

Le stress apparaît donc quand la situation à gérer dépasse les capacités d’adaptation de l’individu (c’est-à-dire, ses ressources) ou quand les réactions primaires (fuite ou attaque) ne peuvent pas s’exprimer face au danger.

Quand le surdosage devient explosif…

« Le désespéré » de Gustave Courbet (1843)

Selon l’Agence européenne de sécurité et de santé au travail, le stress est le problème de santé le plus répandu dans le monde du travail. En outre, l’étude réalisée par l’Institut français d’action sur le stress (2004) indique que le « sur-stress » concerne 23 % des hommes au travail et 32 % des femmes. Les niveaux de stress sont nettement plus élevés dans la tranche d’âge 45-54 ans et chez les non-cadres. Enfin, l’étude du cabinet Stimulus (2004) révèle que 28% des managers sont à des niveaux de stress trop élevés (« hyperstress ») mettant en danger leur santé.

Certains chercheurs ont mis en évidence un lien entre l’intensité du stress et l’adaptation de l’individu à la situation, donc son niveau de performance. Dans un premier temps, niveau de stress et performance croissent ensemble, mais ensuite, si le stress continue d’augmenter, la performance chute. (source)

Les expériences menées sur des rats montrent que, face à un facteur exogène, la réponse des rats se faisait en trois étapes : réaction d’alarme liée à la surprise, adaptation et épuisement si la situation perdure. Face à une situation incompréhensible (stimulus agréable et négatif simultanés), le rat devient fou et meurt. (source)

La thèse selon laquelle un certain niveau de stress serait nécessaire pour avoir un fonctionnement optimal est dénoncée par d’autres chercheurs qui affirment que 75% des études menées entre 1980 et 2006 démontrent que plus le stress au travail est élevé, plus la performance diminue.

Eric Gosselin affirme : « on se base sur l’idée que le stress est positif s’il est bien dosé, et on essaie de soumettre nos travailleurs à un stress moyen pour qu’ils soient le plus performants possible. Quand les patrons disent que leurs employés sont « juste assez » stressés, si on demande l’avis des employés, on se rend souvent compte que ceux-ci n’en peuvent plus. » (source)

Néanmoins, tous les avis s’accordent sur le fait que le stress, en mobilisant ainsi l’organisme, peut provoquer des pathologies : affections cardio-vasculaires, hypertension, ulcères, perturbations immunologiques, lombalgies, TMS, etc. Des études médicales ont également prouvé le lien entre stress et dépression (environ 5% de la population) ou troubles anxieux (environ 20%).

Les enseignements du domaine sportif.

Face à une situation, tous les individus ne ressentiront pas le même niveau de stress. Or, dans la vie d’un sportif, le stress est régulièrement présent lors des différentes compétitions. Des chercheurs ont tenté d’identifier des profils de personnalité qui prédisposent au stress mais ces résultats sont controversés. In fine, les recherches ont été abandonnées car la personnalité ne permettait pas de différencier les sportifs qui réussissaient des autres.

On a également constaté que se limiter à apprendre au sportif des techniques pour gérer le stress inévitable dû à une compétition, entraîne souvent l’échec des méthodes de préparation mentale. (source) Autrement dit, apprendre à évaluer différemment la situation qui génère du stress n’est pas la panacée car la préparation mentale des sportifs s’appuie sur différents axes.

Selon Jean Fournier, celle-ci se définit comme « un apprentissage d’habiletés mentales et d’habiletés d’organisation, et dont le but principal est d’optimiser la performance personnelle de l’athlète tout en promouvant le plaisir de la pratique et en favorisant l’atteinte de l’autonomie.» (Cahiers de l’INSEP, n°22, 1998)

La préparation mentale repose sur le développement de la confiance en soi, la concentration, la relaxation, la fixation d’objectifs réalistes, le renforcement de la cohésion de groupe et la communication au sein de l’équipe.

En outre, le sportif se concentre sur sa performance car son staff le décharge de toutes les préoccupations liées à la logistique (transport, hôtel, repas, etc) et il dispose d’un kinésithérapeute pour faciliter la récupération physique après la compétition.

J’en profite ici pour préciser que l’artiste a le trac avant de monter sur scène. Ce sont des symptômes (sueurs, mains moites, accélération de la respiration, du rythme cardiaque, tremblements, etc) qui apparaissent par anticipation, liés à la peur de l’échec. Le trac est passager, il se dissipe dès le déroulement de la prestation.

Quand le cadre de travail augmente le stress…

Les études de la DARES indiquent que le travail devient de plus en plus contraignant. Ainsi, plus d’un travailleur sur deux travaille dans l’urgence, une personne sur trois reçoit des indications contradictoires, doit respecter scrupuleusement des consignes ou se voit dans l’impossibilité de faire varier les délais fixés pour la réalisation de sa tâche. (source)

En outre, on sait que la communication interne laisse souvent à désirer en entreprise (lire l’article) et que l’esprit d’équipe est malmené par les primes individuelles sur objectifs et le carriérisme de certain/es.

Comment faire face à une situation imprévue qui demande une adaptation du travailleur quand celui-ci n’a pas de marge de manœuvre, pas assez d’autonomie, qu’il manque de moyens, qu’une erreur risque d’être sanctionnée et qu’il ne peut pas compter sur le soutien de ces collègues ni de son supérieur ? A fortiori, comment va-t-il avoir envie de mobiliser ses ressources pour faire face à la situation, s’il n’a pas de reconnaissance et si une insécurité plane sur la pérennité de son emploi?

A mon sens, le stress « acceptable » (dit « positif ») est celui qui est provoqué par une situation que l’individu peut surmonter en mobilisant ses ressources. Cependant, si cette situation se répète régulièrement, ce stress deviendra « insupportable » ou « nocif ».

Certes, un monde sans stress est un leurre puisque le changement est inévitable ainsi que notre adaptation… Cependant, je pense que l’environnement professionnel dans lequel nous évoluons devrait fournir les moyens de faire face aux situations stressantes qu’il génère (sans provoquer de culpabilisation sur une éventuelle incapacité personnelle à gérer son stress).

Bibliographie :

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