« L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie » Michel Lallement

J’ai écrit il y a quelque temps un article sur les tiers-lieux et fab-lab, donc quand j’ai découvert ce livre sur le hacking, le faire et le mouvement « Do it yourself », j’ai sauté sur l’occasion. Et bien m’en a pris ! L’auteur a passé un an à observer la vie dans différents harckerspaces de Californie et nous livre de précieuses informations pour comprendre ces communautés ainsi que les valeurs portées par celles et ceux qui les fréquentent. Ce livre est une mine d’informations pour tous les recruteurs qui opèrent sur le secteur IT et les DRH qui souhaitent fidéliser informaticiens et programmeurs.

Une communauté du partage :

Il faut remonter jusqu’en 1957 pour connaître l’origine de la culture hacker, date à laquelle le premier ordinateur (TX-0) est introduit au MIT grâce à l’ouverture d’esprit de certains professeurs qui décèle le potentiel de l’informatique. Après les cours, certains étudiants, voyant dans la technologie un espoir d’émancipation et d’extension des capacités humaines, passent leurs nuits à programmer…

Ainsi nait la première communauté au sens des hackers : « un cercle d’appartenance fondé sur un trait commun qui relie les uns et les autres. » Condamnant l’individualisme, le partage des outils et des connaissances est la pierre angulaire de la culture hacker. C’est ce principe, basé sur un refus d’un monde bureaucratique qui entrave le libre-échange de l’information, qui est à l’origine des logiciels libres, du free et de l’open source qui s’opposent radicalement aux géants comme IBM, qui domine le marché de l’informatique naissant dans les années ‘60, Microsoft et Apple.

Hacker c’est quoi ?

Le hacking s’apparente au mouvement faire : le geste est « à la fois petit et mondial. A la fois artisanal et innovant. A la fois high-tech et low-cost. » Tous deux sont viscéralement liés à la défense des libertés.

Le hacker est mu par le défi, le plaisir et  la fin ultime de l’action. S’il vise la simplicité et l’efficacité, ce n’est pas dans un objectif de rentabilité mais pour la beauté du geste. Se considérant comme un artiste, le hacker cherchera, via sa création, à obtenir notoriété, respect et reconnaissance de ses pairs, en premier lieu, tant la méritocratie est ancrée dans la culture hacker.

Cependant, deux profils s’opposent : pour les uns, hacker est étroitement lié à l’informatique (hardware ou software), pour les autres, hacker vise avant tout à transformer les choses (créer à partir d’objets récupérés) et le monde. A noter que si les hackers se désolidarisent totalement des crackers (programmeurs qui pénètrent illégalement dans les systèmes informatiques pour rançonner ou manipuler des données), certains hackerspaces sont surveillés par le FBI du fait des logiciels et moyens de communications alternatifs qu’ils créent et utilisent.

Des valeurs fortes… flirtant parfois avec l’anarchie.

L’auteur nous présente différents hackerspaces californiens, lieux où des personnes viennent hacker, sous toutes les formes : HackerMoms (dédié aux femmes), BioCurious (pour le partage des recherches en biologie), Hacker Dojo (pépinière pour jeunes entrepreneurs) et Noisebridge dont il sera abondamment question dans le livre à cause de son mode de fonctionnement basé sur le consensus et inspiré du mouvement anarchiste des Yippies.

Même si des différences notables existent, les hackerspaces s’appuient sur un socle minimal de valeurs communes (valorisation du hacking, rejet de la bureaucratie, culture punk du Do it yourself, volonté de changement social…) qui donne au mouvement faire une certaine cohérence.

Les hakerspaces perdurent car celles et ceux qui les fréquentent se reconnaissent avant tout d’une communauté concrète de pairs. Bien que chacun fréquente le lieu selon ses désirs et ses disponibilités, le sentiment d’appartenance au collectif compte davantage que l’interconnaissance approfondie. Tous les membres ne se connaissent pas ni échangent de manière régulière, néanmoins chacun est à même de donner un conseil, un coup de main à un autre hacker, collaborer ponctuellement sur un projet.

Travail et hackers :

Enfin, je voudrais aborder la relation que les hackers entretiennent avec le travail. Comme l’auteur l’indique, les profils sociaux des hackers sont divers : si certains sont diplômés et occupent des postes dans de grandes entreprises, la plupart a « entretenu des rapports heurtés avec le système scolaire ». Pour les premiers, hacker est une façon de prendre plaisir à créer en dehors d’un cadre ; pour les seconds, c’est l’occasion de « compenser un déclassement social », de faire partie d’un collectif et être reconnu.

Pour un hacker, le travail se fond dans la passion et doit, à ce titre, être une activité « intrinsèquement intéressante, inspiratrice et jubilatoire. […]  Travailler, c’est d’abord et avant tout refuser d’accomplir ce qui, de près ou de loin, s’apparente à une corvée ou peut provoquer l’ennui. Travailler, c’est aiguiser son intérêt à l’aide d’objectifs stimulants. […] Le libre échange des informations et la coproduction avec et sous le contrôle des pairs restent un idéal. »

Vous me direz que tous les informaticiens, programmeurs ou ingénieurs ne sont pas des hackers dans l’âme et ils n’ont pas tous ces valeurs et principes chevillés au corps. Certes, néanmoins, je suis tombée sur cet article très instructif que je vous invite à lire (notamment si vous êtes recruteur dans le secteur IT) : « Pourquoi les devs ne répondent pas à vos offres d’emploi ? » (cliquez ici)

Bourré de références historiques (on y apprend notamment que le premier hackerspace est né en Allemagne !), doté d’une bibliographie conséquente, ce livre sera un régal pour celles et ceux qui veulent découvrir ou en apprendre d’avantage sur l’univers des hackers.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.