L’après COVID-19 : espoirs, attentes et interrogations.

Chacun a vécu cette crise sanitaire et le confinement d’une manière différente selon qu’il ait (ou non) continuer à travailler sur le terrain, que lui ou ses proches aient été malades (ou pas). Ce n’était ni une guerre (car ce sont majoritairement des femmes, parfois manquant de protection, qui étaient au front), ni une crise du soin (car nous aurions pu avoir les moyens de faire face en ne fermant pas de lits et en recrutant), mais une crise sanitaire mondiale et il est temps de tirer quelques enseignements pour l’avenir.

La nécessaire humanisation de la finance et de l’économie…

Même si je m’attendais à voir chuter la bourse, j’avoue ne pas avoir très bien compris la dégringolade (-15 à 20%) que toutes les bourses du monde ont entamé mi-février…alors que l’Asie, première zone de production (textile et électronique notamment) pour les grandes firmes mondiales a été touchée par l’épidémie dès janvier. Au 31 janvier, en Chine, le bilan annoncé était de 10 000 cas et 213 décès, l’OMS indiquait que la Thaïlande, la Corée et le Japon étaient touchés et les premiers cas étaient signalés en Europe.

Pourquoi la bourse a-t-elle attendu 2 semaines pour fléchir ? Tout simplement car le seuil de déclenchement des algorithmes de gestion automatisée a été atteint. En effet, comme l’explique cet article, « trois quart des échanges sur les marchés américains et près de la moitié en Europe » sont réalisés par des ordinateurs : c’est le « trading à haute fréquence ». « La programmation de la boîte noire est donc la clef qui explique en grande partie les variations boursières actuelles. »

J’ai observé une remontée des cours boursiers à partir de mi-mars, correspondant au retour progressif à la vie normale en Chine et dans d’autres pays asiatiques (Corée, Hong-Kong, Taiwan, Vietnam).

En plein débat sur le versement des dividendes, alors que le Ministre de l’économie a pris position (sans toutefois légiférer à ce sujet pour le moment), je note que les dirigeants de certaines grandes entreprises ont réduit (voir supprimer) leur salaire, souvent pour constituer un fonds de solidarité pour les salariés de leur groupe qui, en chômage partiel, vont subir une baisse de leur rémunération. (source)

Certains grands groupes – mais aussi de nombreuses PME locales – mobilisent leur appareil de production pour fournir masques et gel hydroalcoolique aux soignants tandis que d’autres font des dons à la fondation AP-HP, maintiennent les salaires sans utiliser le chômage partiel et sans avoir recours au report de charges pour « ne pas peser sur les comptes public, afin que l’Etat puisse venir en priorité en aide aux entreprises qui en ont le plus besoin » selon les mots du PDG de L’Oréal.

Après la récente polémique sur la rémunération des patrons des entreprises du CAC40, espérons que ces initiatives fassent germer des actions pérennes dans le cadre de la RSE.

Si la France a décidé de reporter l’entrée en vigueur de la réforme sur le chômage et a mis en place de nombreuses mesures pour aider les entreprises contraintes à la fermeture ou dont l’activité a été réduite à cause de la crise sanitaire, lAllemagne a versé une aide de 5000€ à 100 000 travailleurs indépendants et petites entreprises. La Belgique a stoppé la dégressivité des allocations chômage et l’Espagne envisage la mise en place d’un revenu universel qui perdurerait après la crise sanitaire.

Cette crise a mis en évidence les limites des politiques sociales restrictives et des statuts de travail peu protecteurs comme les indépendants ou auto-entrepreneurs. Je pense qu’un débat honnête sur la protection sociale et/ou le revenu universel s’impose.

Le recours à l’IA et à la robotisation dans les secteurs stratégiques :

Cette crise a montré que la technologie peut épauler efficacement le secteur médical. Au-delà de la consultation à distance (par vidéo ou téléphone), dans les hôpitaux de certains pays asiatiques, les robots sont venus renforcer le personnel médical (infirmiers et aides-soignants notamment) pour réduire le risque de contamination et le soulager en cette période de travail très intense. Des robots équipés de lampes UV sont utilisés pour désinfecter les hôpitaux et moyens de transport.

L’IA a également aidé les chercheurs dans un contexte où le temps est compté. C’est ainsi que Summit, le supercalculateur d’IBM, a identifié en un temps record 77 molécules – parmi 8000 – susceptibles d’être utilisées pour créer un vaccin contre le COVID19.

Il va également peut-être falloir envisager, pour certaines productions stratégiques – notamment le matériel médical –  et certaines activités comme la logistique, les transports en commun, la possibilité de développer l’automatisation et la robotisation pour pouvoir augmenter les cadences de production ou parer à la réduction de personnel.

Le corollaire de cela, c’est la relocalisation, l’indispensable développement du secteur de la robotique (matières premières, production, programmation, maintenance) et le renforcement de la cybersécurité pour éviter tout piratage et virus informatique !

La nécessaire préservation de la biodiversité :

Dans une interview donnée en 2013 suite à la sortie de son livre « La pandémie qui vient » (2012) David Quammen dit : « Si des maladies peuvent « résider sans jamais être détectées » dans un écosystème intact, « le dérèglement écologique provoque leur émergence ». L’humanité n’a pas seulement bouleversé, fragmenté et déchiré son tissu relationnel avec les animaux ; elle a aussi offert pour cible aux microbes opportunistes ses propres tissus et ses propres cellules. »

Dans son discours d’ouverture lors de la 69e Assemblée mondiale de la santé, le 23 mai 2016, la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, met en garde : « L’évolution de la manière dont l’humanité occupe la planète offre au monde microbien éminemment instable de nombreuses occasions à exploiter. Il y aura toujours des surprises. […] Les flambées épidémiques qui se muent en situations d’urgence révèlent toujours des faiblesses particulières dans les pays touchés et mettent en lumière les failles dans notre capacité collective d’intervention. »

En 20 ans, c’est la 3° épidémie de coronavirus : il y a d’abord eu le SRAS (2003), puis le MERS (2012) et enfin, le COVID19. Il y a 4 familles de coronavirus et depuis 2012, certains figurent dans un arrêté, mis à jour périodiquement, listant les micro-organismes et toxines présentant des risques élevés pour la santé publique.

Les zoonoses sont des maladies transmissibles d’un animal à l’homme, elles réalisent alors ce qu’on appelle un « saut d’espèce ». Certaines maladies s’adaptent mal à l’homme et il n’y a pas de transmission interhumaine et parfois elles trouvent dans l’homme un hôte à leur goût… Parmi les zoonoses, on trouve des bactéries (peste, salmonellose), des virus (rage, Lassa, Ebola, Nipah, Zika), des coronavirus (SRAS, MERS, COVID19), des grippes (aviaire et porcine) et des maladies à prions (encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) ou maladie de la vache folle).

Les maladies répertoriées par l’OMS sont consultables ici

La France a vu l’apparition de différentes zoonoses – ESB (milieu des années ’90), H5N1 type grippe aviaire (2004), H1N1 type grippe porcine (2009), H5N8 type grippe aviaire (2016) – heureusement, sans transmission interhumaine.

Si la Chine, foyer de l’épidémie de COVID19, a fait un pas en excluant les chiens et chats de la liste des animaux destinés à la consommation, il me semble plus urgent de s’atteler à l’interdiction pérenne du commerce (trafic) et consommation d’animaux sauvages. Connaissant l’origine de la grippe espagnole qui a sévit en Espagne en 1918 et compte-tenu des épidémies de zoonoses enregistrées en France, il me semble indispensable de s’interroger sur la pertinence de l’élevage intensif au regard des risques de santé publique. De la même manière, il apparaît opportun de questionner les activités touristiques qui mettent en contact rapproché les clients et des animaux sauvages notamment les balades à dos d’éléphant, de chameau ou dromadaire. Enfin, que penser de l’aide financière aux grandes entreprises, sans contrepartie environnementale (avec une exception pour Air France) ? Jusqu’alors, l’argument éthique et environnemental n’a pas eu d’effet, espérons que la préservation de la santé publique ait plus de poids

« C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas.» Victor Hugo

Quelle sécurité dans les transports ?

Selon l’OMS, suite à l’émergence de l’épidémie de COVID19 à Wuhan, les premiers cas répertoriés en Thaïlande (14 janvier), Japon (16 janvier) et Corée (21 janvier) ont été importés de Chine. En France, les 2 premiers malades (24 janvier) avaient séjourné en Chine (le troisième cas étant un proche parent d’un malade). En Norvège, le patient zéro revenait de Chine. Dans les îles Canaries, au Brésil, en Grèce et en Finlande, le premier cas a été importé d’Italie.

Le 26 février, l’OMS et l’MOT ont fait une déclaration conjointe indiquant « qu’elles travaillaient en étroite consultation, ainsi qu’avec d’autres partenaires, afin d’aider les États à veiller à ce que les mesures sanitaires visant à contenir la propagation du COVID-19 soient mises en œuvre de manière à minimiser les interférences inutiles avec le commerce et les déplacements internationaux. »  

Alors que le e-commerce international est en plein boom, que le transport aérien de passagers (4,3 milliards de voyageurs en 2018) a explosé, que les voyages sont facilités par le train et les autoroutes, que l’espace Schengen permet aux européens de circuler librement et que le tourisme est promu massivement, quels dispositifs sanitaires peuvent être envisagés pour limiter les risques de propagation d’une future épidémie ?

Dans les entreprises, quelles évolutions possibles ?

Le télétravail est très probablement amené à se développer car désormais, la crise a prouvé que c’était possible et la période a été assez longue pour mettre en place des outils (visio-conférence, cloud, etc) et éprouver la confiance.

Le présentéisme est appelé à diminuer car chacun a pris conscience du risque qu’il représente en venant au travail en étant malade. Le CSE sera très certainement mobilisé pour réfléchir à des dispositifs de prévention (vaccin contre la grippe, distance accrue entre les postes de travail, télétravail, pérennisation de certains gestes barrière, masque, etc).

L’open-space, déjà décrié à cause des nuisances sonores et de la fatigue provoquée par un effort accru de concentration, sera remis en question et là aussi, le CSE jouera un rôle moteur.

Dans le sillage du virus et de la loi d’urgence du 23 mars, l’ordonnance n° 2020-323 du 25 mars a modifié de nombreuses dispositions du Code du travail (temps de travail, congés, temps de repos notamment). Mais il n’y a pas si longtemps, en 2017, une ordonnance « Macron » donnait la primauté à l’accord d’entreprise. Le dialogue social permettait de répondre de manière plus adapté aux spécificités de chaque entreprise et avait toutes les vertus. Il est très étonnant qu’il ait été quasiment mis hors-jeu sur de nombreuses questions… Le CSE et le DS doivent devenir de vrais partenaires pour la direction. A noter qu’à ce jour, le décret listant les « secteurs d’activités particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation et à la continuité de la vie économique et sociale » n’est toujours pas paru…

Enfin, cette crise a mis un coup de projecteur sur les managers. J’espère que les relations évolueront de manière pérenne vers plus de confiance, d’empathie, de convivialité, de communication.

Bibliographie / pour aller plus loin :

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