Leader transformationnel : gérer la crise et en faire un tremplin vers l’avenir.

Cette période m’a fait penser à Churchill dont le portrait a été brossé par « Secrets d’Histoire ». Cet homme qui fut député pendant près de 60 ans et occupa différents ministères pendant 30 ans, s’est révélé lorsqu’il fut premier ministre pendant la seconde Guerre Mondiale. Il y a des hommes politiques et des hommes d’Etat, tout comme il y a des gestionnaires et des leaders. La crise est souvent l’occasion d’ébaucher un avenir commun et mobiliser le collectif pour le mettre en œuvre, ce qui nécessite des aptitudes particulières. Ainsi, de l’autre côté de l’atlantique, en pleine guerre de Sécession, Lincoln réussit à abolir l’esclavage et réunifie un pays profondément divisé. La question qui se pose est : quelles sont les qualités requises pour surmonter une crise et la transformer en tremplin vers l’avenir ?

La crise : c’est quoi ?

Il existe deux conceptions de la crise : l’une en fait un événement ponctuel et l’autre, un processus. Cependant, ces visions sont complémentaires car, d’une manière générale, la crise peut être définie comme « un événement pénible aux conséquences fâcheuses qui s’insère dans un phénomène en mouvement et qui implique des individus. » Du point de vue managérial et organisationnel, la crise est « un événement ponctuel qui représente une menace pour l’organisation difficile à anticiper, car la probabilité de sa survenue est faible mais dont les conséquences sont fortes. » La crise se caractérise aussi par le fait qu’elle « s’inscrit généralement en dehors des cadres opérations et des schémas de références typiques des gestionnaires » ce qui implique de « prendre en urgence des décisions stratégiques. » (source)

La crise s’inscrit dans un contexte, donc elle est indissociable des événements extérieurs. Cependant, la vision que les acteurs se font du contexte et le rôle joué par l’opinion publique et les médias peuvent avoir un impact sur les modalités de gestion de la crise. L’action est alors plutôt une réaction qui constitue une réponse à l’agitation sociale ou médiatique…

Lincoln avait un sens affuté du « bon moment » : « Il avance toujours de concert avec des circonstances favorables, n’attendant pas d’être contraint par les événements et ne gâchant pas sa force en s’y frottant prématurément. » (source)

S’il est possible de capitaliser sur le processus de gestion de crise pour améliorer l’organisation et mieux détecter les signaux déclencheurs, la crise peut également être l’occasion de transformer en profondeur l’entreprise, son fonctionnement ou sa raison d’être.

Les qualités du gestionnaire vs celles du leader :

Les travaux réalisés par Henry Mintzberg dans les années ’70 ont permis de mettre en évidence les capacités cérébrales mobilisées par ces deux profils. Le gestionnaire qui met en œuvre l’analyse, la logique et la planification utilise majoritairement le cerveau gauche, ce qui convient à un environnement et une structure stables, fortement hiérarchisée et organisée. Cependant, aujourd’hui, pour évoluer dans un environnement instable et à la complexité grandissante, dans des organisations où la transversalité et la diversité culturelle sont de plus en plus présentes, le dirigeant doit faire preuve d’intuition, d’imagination, penser « out of the box » et donc faire appel au cerveau droit… d’où la place grandissante donnée au leadership. (source)

Christian Delporte décrypte les décisions des hommes politiques qui étaient au pouvoir durant la crise de 1929 : « Aveugles, sourds, sûrs d’eux-mêmes, ils étaient incapables de sortir de leurs schémas, car tous pensaient la même chose au même moment. […] L’homme d’Etat est notamment celui qui, par sa vision et sa lucidité, est capable de transgresser les conformismes ambiants.» (source)

Selon Laurent Combalbert, « l’ouverture d’esprit, la diversité des analyses, la capacité d’adaptation, la remise en question, l’aptitude à prendre des décisions sont des caractéristiques fondamentales d’une gestion [de crise] efficiente. » (source)

Si un bon gestionnaire est indispensable, les qualités inhérentes au leadership le sont tout autant. Il est donc important de se pencher sur le duo qui présidera à la destinée de l’entreprise et de ses équipes.

Le leader transformationnel :

En 1978, James MacGregor Burns définit deux styles de leadership : le transactionnel et le transformationnel. Le premier s’attache « aux moyens de maintenir et d’améliorer le niveau ainsi que la qualité de la performance de ses subordonnés » tandis que le second déploie un processus qui provoque un engagement mutuel du leader et du subordonné qui repose sur l’adhésion commune à une vision et à des valeurs partagées.

En 1985, Bernard Bass travaille également sur ces deux formes de leadership et affirme qu’un bon manager est à la fois transactionnel et transformationnel car ce dernier est perçu comme un prolongement du premier. Ainsi, le leader transformationnel s’appuie sur son charisme et sa confiance en lui pour faire partager sa vision à son équipe, au risque d’être parfois en contradiction avec la pensée dominante du moment. La capacité à obtenir l’adhésion volontaire des subordonnés, sans promesse de récompense, constitue un trait spécifique du leader transformationnel. Celui-ci s’incarne comme étant un modèle à suivre de la part de ses collaborateurs et gagne ainsi leur confiance. Par ses actions de délégation de pouvoir et de mentoring, le leader obtient de ses collaborateurs qu’ils transcendent leur propre potentiel, contribuant ainsi à la performance de l’entreprise. (source)

« Doué d’une puissante intelligence émotionnelle, Lincoln fut à la fois clément et sans pitié, confiant et humble, patient et tenace (capable de concilier des factions opposées et de nourrir les esprits de ses compatriotes). Il fit preuve d’une capacité extraordinaire à absorber les désirs contradictoires d’un peuple fracturé et de lui renvoyer sa foi rigide en un futur unifié. » (source) C’est la confiance et une vision commune de l’avenir qui permirent à Charles de Gaulle de prendre la tête du Comité français de libération après l’appel du 18 juin tout comme l’opposition farouche de Churchill au nazisme et son attachement à la liberté l’ont conduit à la tête du pays en 1940.

La crise est déstabilisante, elle détruit des repères, remet en question des valeurs, des schémas de pensées et de comportements. Elle peut également faire émerger des attentes et des aspirations nouvelles. Seul une personne dotée de compétences et capacités particulières peut relever ce défi.

Lire mon article de 2014 : Le leadership : indispensable pour manager ?

Les clés du succès :

Abraham Lincoln, Winston Churchill, Charles de Gaulle : quel est le point commun entre ces personnalités ? Une vision personnelle de l’avenir et des convictions chevillées au corps !

Selon Philippe Braud : « La qualité « d’homme d’Etat » (quelque soit le sexe naturellement) suppose la capacité de tenir un cap au service d’une vision, mais aussi celle d’arracher des résultats majeurs et durables.» (source) Pour Lincoln, « si l’esclavage n’est pas immoral, rien ne l’est. » (source)

Se projeter dans l’avenir, imaginer ce que sera la société, l’entreprise ou les besoins des clients dans 10 ou 20 ans et embarquer les autres avec soi implique d’avoir le sens du destin collectif, mettre l’intérêt commun au-dessus des intérêts personnels, des rivalités et des amitiés partisanes.

C’est ce qu’a fait Lincoln en réprimant sa rancune personnelle et en demandant à Edwin Stanton de rejoindre son cabinet car il était convaincu que c’était le mieux à faire pour la nation. James Freeman Clarke disait : « L’homme politique pense à la prochaine élection, là où l’homme d’Etat songe à la prochaine génération.» (source)

Pour prendre la décision la plus adéquate et éviter que la réaction ne supplante l’action, il faut savoir gérer ses émotions et réprimer son impatience, ses pulsions agressives, prendre de la distance.

Lincoln attendit pendant deux mois que le bon moment se présente, que toutes les conditions soient réunies, pour présenter sa Proclamation d’émancipation. Nixon disait : « Le politicien suit le peuple, alors que le peuple suit l’homme d’Etat.» (source)

Une des clés essentielles pour réussir le virage est la communication. Il faut écouter et instaurer le dialogue. L’information ne doit pas être que descendante, elle doit aussi être ascendante. Il faut entamer la communication le plus tôt possible pour éviter que les rumeurs commencent à courir et que la suspicion s’installe…et ne pas hésiter à admettre que l’on n’a pas réponse à tout, qu’il reste des points à clarifier, à travailler.

Lincoln avait réuni autour de lui une équipe d’hommes qui représentaient les principales factions de l’Union afin d’écouter tous les points de vue, évaluer les divergences et argumenter. Il modifia même certaines parties de sa proclamation dans les jours précédant sa déclaration officielle. Suite à un revers militaire, il n’hésita pas à changer de stratégie.

N’oublions pas non plus les talents d’orateurs de ces hommes dont plusieurs phrases sont restées dans l’Histoire…Point de remède miraculeux, mais un discours de vérité et de courage où pointe l’espoir permet de mobiliser les forces pour surmonter les obstacles surmontables et garder le moral.

Peu après son investiture, en mai 1940, Churchill dit : « Je n’ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur » ou encore : « c’est quand la nuit est profonde, que les étoiles brillent » alors que l’Angleterre voit la France, son dernier rempart, tomber en juin 1940.

Une transformation en profondeur ne peut pas se faire à marche forcée. Le leader doit avoir la confiance et le respect des équipes pour mettre en œuvre les réformes. La crédibilité de la personne qui impulse le changement repose, non pas sur sa position hiérarchique, mais dans le sens que les actions vont incarner, la raison pour laquelle les décisions sont prises.

Pour Lincoln qui n’avait qu’une parole, abolir l’esclavage en indemnisant les propriétaires d’esclaves était la seule solution pour rétablir l’union du pays.

Bref, l’authenticité et l’humilité caractérisent les meilleurs leaders car ils sont conscients de leurs limites, savent reconnaître leurs erreurs et rectifier le tir si besoin.

A l’heure où de nombreux salariés craignent les restructurations menées d’une main de fer, y aura-t-il des leaders pour dessiner l’horizon des possibles et mener le navire à bon port ?

Bibliographie :

2 commentaires sur “Leader transformationnel : gérer la crise et en faire un tremplin vers l’avenir.

  1. Coucou Cindy,

    Je ne connaissais pas ces deux concepts de leadership, c’est intéressant. Je crois qu’on a vraiment besoin de prendre plus de distance, de repenser le temps long pour éviter, comme tu le dis bien, que la réaction prenne le pas sur l’action et qu’on finisse dans un cercle vicieux d’urgence(s) ou de crise(s) qui n’en sont, par définition, plus puisque constantes. Tu parles également à un moment des talents d’orateurs de ces grandes figures de leadership et j’ajouterai que, là encore, le temps long à son importance et qu’il faut veiller à ce que les grands discours ne restent pas que de belles paroles.

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour Camille,

      Merci de me lire. En effet, l’écart entre la parole et les actes est un mal qu’on retrouve dans certaines entreprises et qui peut affecter la marque employeur, la fidélité du salarié, voire même celle des clients. Un des plus gros scandales en la matière est le dieselgate chez Volkswagen… mais on peut aussi le voir à plus petite échelle, par exemple, lorsque l’employeur fait des promesses à un candidat…
      Bien à toi 🙂

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