Nouveau compte prévention : exit la pénibilité du travail.

Dans un article de novembre 2015 intitulé « Le compte pénibilité ne va pas améliorer les conditions de travail » paru aux éditions Tissot, je m’interrogeais sur l’impact réel de ce dispositif en matière de prévention. Désormais, la question se pose avec plus d’intensité d’autant plus que j’estime que le changement sémantique n’est pas accompagné de mesures concrètes.

L’origine : le principe de réparation.

Créé par la loi du 20 janvier 2014, suite au rapport du Conseil d’orientation des retraites d’avril 2003, le C3P (compte personnel de prévention de la pénibilité) était destiné à « prendre en compte, dans les droits à la retraite, la réduction de l’espérance de vie résultant de l’exposition à la pénibilité, et cela de manière non pas catégorielle ou collective, mais individuelle. »

La simplification… sans effet.

Le patronat a toujours été contre ce dispositif qu’il estimait trop complexe et constituant un frein au développement des entreprises puisque cela renchérit le coût du travail (de certains métiers).

Ainsi, en août 2015, le taux de la cotisation additionnelle a été revu à la baisse (il est cette année à 0,2% au lieu de 0,3% en cas de mono-exposition et 0,4% au lieu de 0,6% en cas de poly-exposition), la fiche individuelle d’exposition a été supprimée, le délai laissé au salarié pour contester son exposition a été réduit (2 ans au lieu de 3) ainsi que le délai d’action des caisses (3 ans au lieu de 5) en cas de contrôle aboutissant à un redressement.

Lire le rapport de M. Issindou sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale et présentant les préconisations portant sur le C3P (octobre 2015).

Les branches devaient élaborer des référentiels sur lesquels pourraient s’appuyer les entreprises. En juin 2017, le gouvernement n’avait enregistré que 13 référentiels alors que le rapport de M. Poisson (2009) recense 687 branches (31 regroupant plus de 100 000 salariés et 43, moins de 5000 salariés).

Voici la liste des référentiels professionnels de branche homologués. L’effort de « petites » branches, réunissant quelques milliers de salariés (dératisation, poissonniers) doit être salué ainsi que l’engagement de certaines « grandes » branches représentant près de 100 000 salariés ou plus (coiffure, commerce de gros et logistique, aide à domicile).

L’ordonnance limite l’obligation de négocier un accord (ou de mettre en place un plan d’actions) aux entreprises d’au moins 50 salariés employant une proportion (à définir par décret) de salariés exposés ou à celles ayant un taux de sinistralité au titre des AT-MP supérieur à un certain seuil (à définir par décret).

La prévention : toujours exclue du dispositif.

J’aurais souhaité que ce dispositif favorise l’amélioration des conditions de travail pour permettre aux seniors de travailler plus longtemps dans de meilleures conditions compte-tenu de l’allongement de la durée de cotisation.

A n’en pas douter, l’obligation déclarative a poussé certaines entreprises à porter un regard critique sur les conditions de travail. L’étude des postes, l’analyse des mesures (bruit, vibrations, poussières, etc) effectuées par les bureaux de contrôle, les échanges avec les représentants du personnel et salariés ont du faire émerger des réflexions qui ont abouti à la mise en œuvre d’actions de prévention.

Mais, pour quelques entreprises vertueuses, combien se sont contentées de constater, soulagées, que leurs salariés n’étaient pas concernés et donc, qu’il n’y aurait pas de cotisation additionnelle à verser ?

Pourtant, le rapport de Messieurs Sirugue, Huot et de Virville sur le compte pénibilité (26 mai 2015) met l’accent sur la nécessité de « mieux articuler le dispositif de réparation avec les efforts de prévention des entreprises. L’objectif d’une politique de pénibilité est en effet d’abord de développer chaque fois que cela est possible une politique de prévention. »

Idem, le rapport de Messieurs Bonnand, Bras et Pilliard (18 novembre 2016) portant sur les liens entre C3P et prévention affirme que « la démarche de réparation est seconde par rapport à l’exigence de prévention. » Les données statistiques analysées indiquent que « le pourcentage de personnes exposées ne diminue pas, entre 1984 et 2013. Ainsi, l’exposition aux contraintes physiques, aux produits dangereux ou aux risques infectieux augmente sur la période. Pour les contraintes posturales entre 1984 et 2013, on constate une augmentation souvent très importante, jusqu’à un doublement des effectifs pour l’exposition aux secousses ou vibrations entre 1984 et 2013. Seule l’exposition aux fumées et poussières, mesurée sur une période plus courte, diminue entre 2005 et 2013. »

Enfin, le premier axe du troisième Plan Santé au Travail (2016-2020) vise à « donner la priorité à la prévention primaire et au développement de la culture de la prévention » tandis que le second a pour objectif d’« améliorer la qualité de vie au travail, levier de santé, de maintien en emploi des travailleurs et de performance économique et sociale de l’entreprise ».

Alors je m’interroge. Pourquoi les services de la médecine du travail, les CARSAT, la CNAMTS, l’ANACT, l’INRS, l’OPPBTP n’ont-ils pas été mobilisés pour accompagner les TPE et PME dans l’évaluation de l’exposition des travailleurs ?

L’entreprise de moins de 50 salariés peut bénéficier d’une aide financière pour mener des actions en matière de santé et sécurité dans le cadre d’un « contrat de prévention ». Mais vous aurez de la chance si votre CARSAT a encore du budget sur cette action…

Espérons que la proportion de salariés exposés et le taux de sinistralité AT-MP imposant la négociation, soient relativement bas et que les dispositions des accords améliorent le bien-être des salariés…

Un C2P vidé de sens ?

Suite à l’ordonnance du 22 septembre 2017, le C3P s’appelle désormais « Compte professionnel de prévention » (C2P). Je vous laisse apprécier la pertinence de la dénomination… Par ailleurs, n’en déplaise à M. le Président de la République, le travail peut être pénible (comme le rappelle le reportage de Cash Investigation). Effacer le mot du code du travail n’y changera rien.

Définition du Littré du mot « pénible » : « qui donne de la peine, de la fatigue » ou « cause une peine morale ».

In fine, à compter du 1° octobre 2017, 4 facteurs sortent du dispositif initial : les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles, les agents chimiques dangereux y compris poussières et fumées, les vibrations mécaniques.

L’exposition à ces facteurs pourra être reconnue en cas de maladie professionnelle (liste des maladies concernées définie par arrêté) avec une incapacité permanente (taux à définir par décret). Le Compte personnel de formation (CPF) du salarié pourra également être abondé selon des modalités définies par décret.

La gestion du compte ne sera plus assurée par les caisses de retraite, mais par la branche AT-MP de l’assurance maladie (CNAMTS) du régime général et du régime agricole à partir du 1 janvier 2018. On peut donc penser que l’excédent de la branche AT-MP ne perdurera pas et que la suppression de la cotisation générale et additionnelle du C3P sera compensée, à terme, par une hausse des cotisations « assurance maladie » et/ou « AT-MP ».

NB : La cotisation additionnelle ne sera due, pour le 4° trimestre 2017, que par les entreprises ayant exposé au moins un de leurs salariés à un des 6 facteurs épargnés.

Quid des non-salariés ?

Selon une étude de la CNAV dont les principaux résultats sont évoqués par L’Express, en 2015, 25 820 entreprises (soit 1,7%) ont déclaré des salariés exposés à la pénibilité et 512 162 salariés avaient un C3P.

Si vous avez vu le reportage de Cash Investigation (minutes 30.50 à 32), songez qu’un des seuils prévus par le C3P pour la manutention manuelle de charges était un cumul de charges de 7,5 tonnes manipulées par jour pendant 120 jours. (voir le décret) Ces seuils ne seraient-ils pas trop élevés pour préserver la santé des travailleurs ?

En 2016 la France comptait 23,1 millions de salariés et 3,1 millions de non-salariés, soit 11,8% des actifs (source). Quid de la prise en compte de l’exposition de ces travailleurs aux facteurs de pénibilité ? Je pense que dans le cadre de la réforme du C3P et du RSI, le gouvernement aurait pu faire un geste en ce sens.

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Quelle place pour le numérique dans la prévention ?

Les articles abordant l’impact du numérique sur le travail abondent : destruction des emplois par la robotique, transformation des métiers, affaires juridiques liées aux requalifications de contrat de travail concernant Uber, réglementation plus contraignante pour limiter l’expansion d’Airbnb… Je pense qu’il est inutile de lutter contre une tendance de fond qui va se déployer progressivement dans des domaines encore insoupçonnés. C’est à la société (via l’évolution du système éducatif et du modèle économico-financier) et aux individus d’évoluer dans un cadre légal adapté et juste pour toutes les parties.

Je souhaite aborder ici les apports du numérique en matière de préservation de la santé et sécurité au travail en présentant des exemples d’outils mis en œuvre par certaines entreprises mais aussi des démarches expérimentales. La source principale est la revue Travail & Sécurité de l’INRS que je vous recommande (voir bibliographie).

« Le progrès est le mode de l’homme. » Victor Hugo

Les applications :

Un fabricant américain d’équipements de protection individuelle – Honeywell – a créé une application pour IPad (malheureusement seulement en anglais pour le moment) pour sensibiliser les travailleurs à la préservation de l’audition dans le cadre professionnel.

Le trouble de l’audition est la troisième cause de maladie professionnelle en France. Selon l’enquête menée en 2016 lors de la Journée nationale de l’audition, neuf personnes sur dix se disent exposées tous les jours à un bruit excessif et 81% des 18-35 ans sont gênés par le bruit sur leur lieu de travail. (source)

En 2016, la direction Prévention d’Eiffage a développé l’application Safety Force© pour évaluer en temps réel la maîtrise de la prévention du risque chimique sur les sites de la branche Infrastructure du groupe, en fonction de 20 paramètres. L’algorithme analyse les probabilités  de survenance d’un incident et envoie des alertes.

Les objets connectés :

Les objets connectés vont bientôt envahir (enfin, seulement si vous le voulez bien !) votre domicile : enceintes, réfrigérateur, volets roulants, thermostat, prises, plantes, doudous, etc. Certains ont pensé qu’ils pourraient être utiles aux travailleurs.

Sur les chantiers de construction, les travailleurs s’interrompent souvent mutuellement pour communiquer, transmettre des consignes. Le E-Lab, centre d’innovation numérique du groupe Bouygues, a conçu un casque de chantier doté d’un micro et d’écouteurs facilitant la communication dans un environnement bruyant. Ce casque détecte aussi les réseaux électriques à haut voltage (le risque électrique est important sur les chantiers notamment ferroviaires) et éclaire à 5 m sans éblouir (ce qui est particulièrement utile de nuit) !

Les serious game :

Les serious game arrivent aussi dans le secteur de la formation pour confronter les salariés à des situations de terrain et les sensibiliser aux risques qu’ils pourront rencontrer.

Ainsi, la SNCF a conçu un jeu interactif destiné aux agents de maintenance du matériel roulant, sur la base de l’analyse des accidents du travail et de rapports d’audit SST. Ce serious game propose 10 mises en situation qui permettent d’aborder les 7 risques récurrents. Le but est de donner à des  agents occupant des postes différents (mécaniciens, électricien, remiseur, manœuvre…) « un standard de connaissances en santé et sécurité au travail » à travers « des messages simples, faciles à retenir ».

Ce technicentre virtuel – qui revient à 10€ par agent – offre « une nouvelle approche, moderne, complémentaire des autres pour consolider la culture sécurité. Il permet aux participants d’apprendre et de retenir de leurs erreurs. »

Le marché du serious game de prévention commence à se développer et il en existe un certain nombre : Bâti-Game vous plonge dans un chantier de gros œuvre et vous confronte à 15 situations à risques. Working at Height Training vise à améliorer la sécurité et les réflexes d’intervention des ouvriers sur les chantiers de construction. 3D Réseaux sensibilise aux risques liés aux travaux à proximité de réseaux enfouis. Si certains sont conçus à la demande des entreprises, d’autres sont issus de collaboration entre organismes. C’est le cas de Prévention domicile, destiné aux professionnels de l’aide à domicile, fruit d’un partenariat entre l’INRS, la CNAMTS et l’IRCEM. La CCI de Lyon a conçu un serious game Mission RPS pour simuler des situations de stress et aider les participants à agir. (source)

Pour avoir testé un serious game dans le domaine du management, j’avoue que c’est formateur et l’immersion favorise l’implication et la mémorisation aussi bien des conséquences des erreurs que des attitudes adéquates à adopter selon les circonstances.

La réalité virtuelle :

Dans la même veine que le serious game, la réalité virtuelle permet de recréer une installation grandeur nature, fidèle à la réalité, dans laquelle le travailleur équipé d’un casque immersif peut œuvrer de manière concrète pour tester la pertinence de ses gestes, évaluer sa réactivité, etc.

GRTGaz a ainsi créé un outil pour former son personnel à effectuer des opérations peut courantes sans les risques d’une intervention sur un ouvrage gazier réel. Cet outil, développé en seulement 2 mois, facilement transportable, permet de former le personnel réparti sur les différents sites.

Mais la réalité virtuelle peut aussi être exploitée en amont, par exemple lors de la conception d’une ligne de production. La société Wilo Salmson (fabrication de pompes hydrauliques) a expérimenté cette utilisation avec la collaboration de SAS Lab. L’objectif était de réduire les contraintes physiques (TMS, maladies professionnelles) des opérateurs sur cette nouvelle ligne. Le projet de ligne a été testé en réalité virtuelle par des futurs opérateurs : ceux-ci réalisent les gestes et le logiciel mesure les amplitudes articulaires des membres supérieurs, du cou, du tronc, les analyse en temps réel et indique par un code couleur le niveau de sollicitation des différentes postures. Cela permet de corriger le projet dès sa phase de conception ce qui est beaucoup moins coûteux et contraignant qu’une fois que la ligne est opérationnelle.

Si la réalité virtuelle n’est qu’un outil supplémentaire au service des différents acteurs qui participent au projet, en six ans, 20 lignes ont été conçues avec l’aide de la réalité virtuelle et la société a constaté une réduction de 45% des soins à l’infirmerie pour cause de TMS.

L’exosquelette :

Usine de Cléon (Seine-Maritime) fabriquant de moteurs et boîtes de vitesses pour Renault.

Comme cela arrive parfois, l’exosquelette qui commence à pointer son nez dans certains secteurs d’activité professionnelle, a été d’abord développé pour l’armée. Il existe différents types de technologies d’assistance physique pour le secteur civil : je vous invite à les découvrir en cliquant ici.

L’objectif de ces exosquelettes est de réduire les sollicitations physiques (entre 10 et 40% selon les chercheurs) : c’est-à-dire soulager une personne de tout ou partie d’un effort ou conséquence (fatigue, tassement des vertèbres) lié au port de charge, à la posture ou à la répétitivité des gestes.

Areva teste ce dispositif avec les agents d’entrepôt qui manipulent des charges. Mais il fait aussi des incursions dans le BTP (lire l’article de l’OPPBTP) pour soulager un tireur de râteau sur un chantier routier ou les plâtriers qui poncent les plafonds. Mais il peut également être utilisé pour aider à la rééducation des patients, assister les aides-soignants ou soulager les caméramans du poids des caméras sur les tournages de films ! De multiples applications en perspective !

Cependant, des points de vigilance sont à signaler notamment en ce qui concerne les points de compression, l’inconfort du port du dispositif et son poids (9 kg) qui peut avoir un effet sur les muscles posturaux. Les risques mécaniques ne sont pas à négliger non plus : écrasement, lésions articulaires, report de charges sur les hanches ou les jambes, défaillance du système… sans oublier le ressenti physique (sur-homme) et psychologique (j’ai besoin qu’une machine m’aide pour faire mon travail).

Selon les chercheurs, compte-tenu des risques non cernés et des contraintes, il faudrait limiter la durée du port et cibler les tâches à réaliser. Il sera aussi certainement important de « réfléchir à l’évolution du travail et son organisation, à la place de l’opérateur dans sa tâche ou au regard des collègues sur l’équipement » et prendre en compte « le temps nécessaire à son acceptation sociale ».

On n’arrête pas le progrès… Toute technologie comporte des atouts et des limites, voir des inconvénients pas toujours visibles à court terme. Essayons donc d’exploiter le potentiel que nous offre la technologie en restant vigilant.

Bibliographie / pour aller plus loin :

Document unique : trop souvent classé sans suite.

risques_Coloures-pic_fotoliaMême si les arrêts de travail ne sont pas aussi nombreux et fréquents dans toutes les entreprises, s’ils ne touchent pas toutes les catégories de salariés de manière homogène et s’ils sont plus répandus dans certains secteurs, la prévention des risques au travail devrait se généraliser. Or, le « document unique » (DUER) contenant des actions de prévention découlant du rapport d’évaluation des risques, est encore largement sous-exploité. Obligation réglementaire, il constitue également un levier de performance.

Lire la suite sur le site web des éditions Tissot : cliquer ici

Faut-il combattre les TMS et les RPS ou promouvoir la QVT ?

Basic RGBDepuis une décennie les chiffres sur les TMS et les RPS explosent (ex : +768% de cas de TMS indemnisés en 15 ans selon la CNAM). Ceci ne veut pas forcément dire que les conditions de travail empirent, que les cadences s’accélèrent ou que la pression augmente (même si dans certaines organisations, cela peut être le cas). Mais l’intérêt porté à ces sujets génèrent des rapports de plus en plus détaillés et les statistiques de la Sécurité sociale (nombre d’arrêts de travail, de cas d’inaptitude, etc) se développent. Or, la qualité de vie au travail (QVT) fait l’objet de beaucoup moins d’études. On a ainsi l’impression que la lutte contre la souffrance au travail prédomine face à la promotion de la QVT. Or il est important de ne pas ni dissocier les deux.

Pour lire la suite de l’article hébergé sur le site web des éditions Tissot, cliquez ici.

En complément, je vous livre un schéma synthétique de la prévention des RPS (source) et vous invite à lire les autres articles de la catégorie « Santé et QVT« .

prevention rps_www.medecinedutravail.net

 

La prévention du harcèlement nécessite une démarche volontariste de la direction.

harcèlement moral, sexuel, managérialQu’il soit moral, managérial ou sexuel, descendant (d’un supérieur vers un subalterne), ascendant (d’un inférieur vers un supérieur) ou horizontal (entre collègues d’un même niveau), le harcèlement est un fléau qui touche 8% des salariés européens. Cette maltraitance blesse profondément les personnes, détériore l’ambiance de travail et nuit à l’image de l’entreprise. Pour prévenir ces agissements répréhensibles au niveau civil et pénal, il faut admettre que ça n’arrive pas que « ailleurs » et mettre en œuvre des actions adéquates.

Pour lire le reste de l’article hébergé sur le site web des éditions Tissot et découvrir quelques bonnes pratiques, cliquez ici.

Sur le même sujet je vous invite à lire : Prévention du harcèlement moral : où est la DRH ? ainsi que Mal-être au travail : un enjeu de société.

Aide financière pour lutter contre les TMS.

Les petites et moyennes entreprises sont les plus nombreuses en France mais elles n’ont souvent pas de personnel dédié à la gestion des ressources humaines ni à la protection de la santé des travailleurs (le CHSCT n’est obligatoire que dans les entreprises de plus de 50 salariés). Elles manquent également souvent de moyens et ne savent pas « par où commencer » ni « comment agir ». L’aide financière de la CNAM tombe donc à point nommé !

Part des TMS parmi les maladies professionnelles selon les secteurs En rouge, les secteurs où les TMS évoluent plus rapidement que la moyenne, en orange, les secteurs caractérisés par un indice de fréquence plus fort.
Part des TMS parmi les maladies professionnelles selon les secteurs. En rouge, les secteurs où les TMS évoluent plus rapidement que la moyenne, et en orange, les secteurs caractérisés par un indice de fréquence plus fort. (source)

Deux aides financières de l’assurance maladie.

Selon les chiffres de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), sur les 8 000 entreprises ciblées pour les inciter à lancer une démarche de prévention, seul 800 (10%) ont mis en place un plan d’action ! Or, 25 000 entreprises sont concernées par les troubles musculo-squelettiques qui sont la première cause de maladie professionnelle reconnue. Les TMS ont augmenté de 60% en 10 ans et coûtent environ 1 milliard d’euros aux entreprises. La prévention devient donc un enjeu économique et social dont les entreprises doivent se saisir !

« TMS Pros Diagnostic » : 

TMSprosDiagnostic_CNAMTSCe dispositif d’aide ouvert depuis le 3 mai 2016 est accessible aux entreprises relevant du régime général et ayant entre 1 et 49 salariés (hors fonction publique territoriale et fonction publique hospitalière).

Les TPE ou PME qui souhaitent bénéficier de l’aide doivent remplir certaines conditions : être à jour de leurs cotisations URSSAF, avoir un document unique à jour, adhérer à un service de santé au travail et avoir informé les représentants du personnel de la démarche.

L’aide, plafonnée à 25 000€ peut financer jusqu’à 70% du coût HT de la prestation. Celle-ci peut être destinée à la formation d’une personne ressource en interne dédiée à la prévention des TMS et/ou à l’élaboration d’un diagnostic réalisé par un ergonome et débouchant sur la définition d’un plan d’actions.

Attention ! Il faut être réactif, les aides doivent être réservées avant le 15 juillet 2017 auprès des CARSAT ou la CGSS (ou la CRAMIF pour l’Ile-de-France).

Voir le dossier d’information complet qui contient, notamment, les critères d’exclusion et le formulaire de réservation : cliquez ici

« TMS Pros Action » : 

TMSprosAction_CNAMTSCe second dispositif est cumulable avec le premier. Autrement dit, vous pouvez bénéficier d’une aide pour réaliser un diagnostic mais également pour acheter le matériel ou les équipements nécessaires pour réduire les contraintes physiques (manutentions manuelles de charges, efforts répétitifs, postures contraignantes) et indiqué dans le plan d’actions « prévention » issu du diagnostic.

L’aide peut s’élever à 50% du coût HT de l’investissement et est plafonnée à 25 000€. L’aide n’est versée que si l’investissement est supérieur à 2 000€.

Les délais et les critères à remplir par les entreprises candidates à l’aide sont les mêmes que pour le dispositif « TMS Pros Diagnostic ».

Pour télécharger le dossier d’information complet, cliquez ici.

Par ailleurs, en fonction du secteur d’activité de votre entreprise, vous pouvez peut être bénéficier d’aides financières dans le cadre de la convention nationale d’objectifs pour améliorer la santé et la sécurité de vos salariés. Pour en savoir plus cliquez ici.

L’article présentant l’aide financière aux actions de GRH dans les PME et TPE pourrait vous intéresser ainsi que «L’ergonomie peut-elle prévenir les TMS ?».

Souffrance éthique : en parler pour prendre de la hauteur.

émotions_freepikDans le précédent article, j’ai signalé que la reconnaissance des pathologies psychiques du travailleur avançait à petit pas mais que la grande ignorée était la souffrance éthique… qui n’est pourtant pas une des moins répandues… mais certainement une des plus tues.

Arrêt de la Cour d’appel de Paris du 14 octobre 2015.

Le lien de subordination qui lie un salarié à son employeur ne supprime en rien sa liberté de penser, reconnue par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (art. 18) et le Conseil constitutionnel français. Même si la notion s’étend peu à peu au domaine du travail, parler du malaise qu’engendre la réalisation de missions contraires à son éthique ou à sa morale est mal vu. Un salarié, l’a appris à ses dépens.

Ce cadre travaillait dans une société réalisant des écoutes et interception de communications fournissait des logiciels de surveillance vendus à des gouvernements étrangers qui font régulièrement la Une des médias (Libye, Syrie) pour les violations des droits de l’homme. Quand il interrogea la direction sur les activités de la société auxquelles il participait, celle-ci lui assura que ses valeurs éthiques l’emporteraient toujours.

« Le doute est le commencement de la sagesse. » Aristote

Businessman and questionsOr, après cela, ce salarié subit des comportements hostiles de plus en plus féroces de la part de son supérieur hiérarchique lequel remettra même en question sa loyauté vis-à-vis de la société. Confronté à une charge de travail croissance, les incidents se succèdent ainsi que les sanctions. Cette situation a pour effet de nuire à la santé du salarié dont les arrêts de travail se multiplient jusqu’à son licenciement pour faute lourde alors que le médecin du travail avait prononcé son inaptitude au poste en précisant qu’« un reclassement sur un autre site ou dans une filiale pourrait convenir ».

La société a fait l’objet d’une enquête préliminaire menée par le parquet de Paris pour complicité d’actes de torture et a par ailleurs été entendue, en tant que témoin assisté, dans une affaire de violation des droits de l’homme en Libye. Ceci a évidemment confirmé les craintes du salarié… qui a saisi le Conseil de prud’hommes pour demander la résiliation judiciaire de son contrat de travail aux torts de la société (ce qu’il obtient in fine).

La justice a reconnu que « certaines activités de la société [ont] provoqué […] une souffrance éthique au travail…» (le mot est lâché !) La Cour d’appel a considéré que la société avait infligé une sanction disciplinaire à un « lanceur d’alerte » dont l’action était juridiquement fondée. Les juges ont donc débouté l’employeur.

Lire l’article du Miroir Social qui explique dans le détail le cas du salarié et analyse l’arrêt de la Cour d’appel.

Les mesures de défense développées par les salariés.

Peur d’être jugés, d’être mis au placard pour avoir osé parler, contraints d’obéir à la hiérarchie, les salariés se taisent ou imaginent des moyens pour s’accommoder de la situation à moindre mal.

Une enquête en psychologie clinique du travail révèle que les chargés de communication développent des réactions défensives : ils essaient de rationaliser en se reposant sur le devoir d’obéissance et de loyauté, se raccrochent à la prétendue objectivité des faits rapportés, essaient de ne pas tout diffuser ou deviennent perfectionnistes pour compenser (privilégier la forme au fond).

Dans ce centre d’appels, les téléconseillers développent aussi des stratégies pour réduire leur mal-être au quotidien : ils s’accommodent avec les procédures, les détournent, renvoient à d’autres ce qui les dépasse… ce qui provoque frictions avec les collègues et les mets à la merci du contrôle d’un responsable.

émotions_freepikCertains policiers adaptent aussi la règle et réduisent le montant de l’amende lorsque la situation financière de l’automobiliste est précaire : « Les PV ça peut être un bon moyen de faire du chiffre d’affaires, mais ce n’est pas ma manière de travailler ».

Il est difficile de mettre en place un cloisonnement étanche entre les deux (vie privée et vie professionnelle). La surcharge d’émotions négatives contenue au travail peut donc exploser dans la sphère privée… compliquant les relations avec conjoint et/ou enfants.

« Le bonheur est un état d’esprit qui procède de l’accomplissement de vos valeurs. » Ayn Rand

Quelques pistes de prévention.

Écart entre les valeurs qu’on attache à son métier et celles de l’entreprise où on le réalise, conflit entre les nôtres et celle de notre supérieur hiérarchique, choix cornéliens entre plusieurs valeurs…un des facteurs d’aggravation de la souffrance est l’impossibilité d’en parler. Voilà pourquoi échanger sur son métier (avec les collègues mais aussi d’autres professionnels d’autres structures) est un bon début. Rolo Duarte, psychologue clinicien, propose ainsi de créer un espace de délibération sur les valeurs du travail.

reunion_débat_freepikLorsque le conflit de valeurs se matérialise entre un salarié et un supérieur, il est important qu’il ne dégénère pas en conflit interpersonnel. Le manager est peut-être lui-même confronté à un conflit de valeurs en donnant cette consigne de travail ! Dans ce cas, il faut être accompagné pour identifier le malaise et prendre de la distance par rapport à la situation.

Des chercheurs préconisent ainsi de mener une délibération éthique en clarifiant le malaise et en évaluant les divers éléments qui font partie du problème, tout en pondérant leur importance. En prenant le temps de mener une réflexion critique sur la situation, en dialoguant avec les personnes intéressées, on peut dénouer l’impasse et diminuer l’anxiété et la frustration.

Parler au psychologue du travail peut aussi soulager un salarié en détresse : « Le boulot est dur. C’est un service contentieux, toute la journée, on n’a affaire qu’à des RMIstes, des paumés… On voit défiler toute la misère du monde. »

Si le problème est récurrent, avant que la santé du salarié n’en pâtisse, on peut envisager un changement de poste (ou un roulement). Le conflit de valeurs étant intrinsèquement personnel, un autre salarié, confronté à la même situation, ne réagira pas (forcément) de la même manière. Sinon, de toute façon, le salarié « à bout » changera d’entreprise (voir même de secteur d’activité).

Enfin, à une époque où l’on parle de plus en plus d’image de marque de l’entreprise et de marketing valorisant ses valeurs, il est important de se pencher sur ce problème. Et il est d’autant plus urgent de le faire que la crise des valeurs fragilise des pans entiers de notre société post-moderne. Ces sentiments d’injustice, d’impunité, d’inégalité, etc que peut ressentir un citoyen, il peut les ressentir plus fortement en tant que salarié (évasion fiscale, licenciement abusif, discrimination, parachute doré, etc). Je pense que la société, l’entreprise et le monde du travail sont à la croisée de chemins.

« Paradoxalement, les sociétés qui se focalisent sur les valeurs plutôt que sur les profits, finissent par améliorer leurs résultats. » Charles Garfield