Le travail et le management dans les pays nordiques.

Flag of Sweden, FreepickUne fois n’est pas coutume, je souhaite vous faire découvrir un blog sur lequel je suis tombée récemment. Comme certains le savent, les pays scandinaves ont souvent une longueur d’avance sur les pays latins dans de nombreux domaines et on vante souvent la qualité de vie des citoyens. Curieuse, j’ai donc lu avec intérêt certains articles de ce blog portant sur le monde du travail dans les pays nordiques.

En Suède, les RPS sont au cœur des préoccupations gouvernementales car les maladies psychiques liées au travail augmentent (elles représentant actuellement 30%) et car les personnes vont devoir travailler plus longtemps. (lire l’article)

La loi suédoise sur les AT-MP date du début du siècle, ce qui montre l’avancée de la réflexion de ce pays en la matière. Pour eux, un travailleur victime d’un accident ou d’une maladie doit être mieux pris en charge d’une personne malade ou accidentée à titre privée. Afin d’inciter les entreprises à agir sur la prévention des maladies professionnelles, la Suède a donc décidé de leur faire prendre en charge 80% du salaire pendant les 3 premières semaines ! Le régime d’assurance sociale prend ensuite le relais. Même si la méthode permettant la reconnaissance d’une pathologie professionnelle s’est durcie dans les années ’90, les maladies psychosomatiques et mentales liées au travail ont été prises en compte dans les années 2000. (lire l’article)

Deux syndicats suédois se sont associés pour créer une société qui emploie des juristes et avocats afin de venir en aide aux salariés. (pour plus de détails, lire ceci) Au Danemark, les syndicats ont un vrai rôle social puisque la cotisation versée par le salarié (1 à 2% du salaire) permet de financer l’allocation chômage et certaines assurances maladies complémentaires. Ces fonds sont d’ailleurs gérés par les syndicats ! (découvrir la suite)

Sur ce blog, vous aurez l’occasion également de découvrir le débat qui se déroule au Danemark portant sur la réduction du temps de travail et la semaine de 30 heures, déjà expérimentée par des pays voisins. (en savoir plus)

Vous découvrirez également sur ce blog, que la Norvège est le pays qui s’investit le plus dans l’OIT (Organisation internationale du travail) tant d’un point de vue financier (contribution) que d’un point de vue administratif (rédaction, ratification de nouvelles conventions). (lire l’article) Quand on sait que la France traîne parfois des pieds à l’heure de traduire en droit interne des dispositions du droit européen, cela laisse songeur…

Enfin, pour compléter le panorama sur le travail dans les pays nordiques, je vous invite à lire cet article qui relate l’expérience d’une Française partie étudier au Danemark… et qui a décidé d’y poser définitivement ses bagages et d’y travailler. En brossant un portrait du style de management à la danoise, elle nous fait prendre conscience de la dimension culturelle du management et de la communication. Alors, attiré par ce management danois ?

Bref, il ne s’agit pas de vanter le « modèle » nordique car il a certainement ses limites, mais plutôt d’être curieux pour être capable de regarder d’un œil neuf et analyser avec plus de recul notre modèle social, le fonctionnement de notre dialogue social, le rôle de nos institutions et la place des entreprises dans l’économie et la société.

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Comment redonner du sens au travail ?

Sens travail mark_fotolia_55996182Cette semaine, je vous propose de lire l’article invité que j’ai rédigé sur le sens du travail. Il constitue la suite d’une parution de novembre 2014 que je vous invite à relire.
Il est publié sur le blog de « Acer RH », une agence située à Versailles, spécialisée dans le management opérationnel des ressources humaines. Sa vocation est d’accompagner les dirigeants d’entreprise et les professionnels des ressources humaines dans leur mission RH. Pour lire l’article, cliquez ici.

Allons-nous passer de la notion de travail à celle d’activité ?

Burial chamber of Sennedjem-Plowing farmer-The York Project

Que signifie au XXI° siècle, travailler ? La notion de travail a subi diverses transformations au fil des siècles. Elle fut tantôt synonyme d’aliénation, d’humanité, de technique, de domination… pour être aujourd’hui objet de tous les débats : perte de la valeur travail, coût du travail, chiffres du chômage, flexibilité… Et si le travail tel qu’on le connaît était voué à disparaître ?

Le travail d’hier à aujourd’hui.

Je vous présente une présentation (très) synthétique de la pensée des principaux philosophes et sociologues et je vous invite à découvrir les écrits des différents auteurs si le sujet vous intéresse.

Le travail était objet de mépris à l’époque antique (travail vient du latin « tripalium » qui signifie « contraindre ») car il soumettait l’homme à la nature ce qui le rapprochait de l’animal. C’est parce que le travail était aliénant que les Grecs avaient des esclaves. Libérés des tâches ingrates, ils pouvaient ainsi se dédier aux arts, à la philosophie, aux sciences et à la politique.

Le développement des techniques à l’époque moderne va constituer, pour les penseurs comme Descartes (1596-1650), un progrès pour l’homme car il apporte une amélioration considérable des conditions d’existence via une maîtrise de la nature.

Pour Hegel (1770-1831) le travail se traduit par une relation de domination et de servitude. Mais comme le travail est fait au service du maître pour produire des objets, l’esclave peut se reconnaître dans le fruit de son travail et s’émanciper. En effet, par sa production, le travailleur peut être reconnu (la reconnaissance pointe le bout de son nez !) comme membre à part entière de la communauté humaine. A travers sa notion du travail, Hegel aborde donc l’identité individuelle et la notion de lien social.

Au XIX° siècle, le travail demeure un acte créateur qui permet de dominer la nature mais il devient aussi un instrument d’aliénation de l’homme. Celui-ci se voit dépouillé de lui-même et de sa propre essence, il est asservit et devient étranger à lui-même selon Marx (1818-1883). C’est une critique du capitalisme qui donne une place trop importante à l’argent et qui se traduit par la lutte des classes.

Puis avec Bergson (1859-1941) le travail est un effort créateur permettant de transformer les matières naturelles pour satisfaire les besoins de l’homme. Pour le philosophe, l’homme est un homo faber – un homme capable d’inventer de nouvelles techniques – plus qu’un homo sapiens –un homme de savoir ou se sagesse. C’est encore la capacité à maîtriser la nature par la technique qui est mise en avant dans cette conception du travail. L’animal ne travaille pas, il survit grâce à l’instinct.

Produire plus en travaillant moins.

Tout le monde s’accorde sur le fait que le travail est une dimension essentielle, constitutive de la nature humaine car il permet à l’homme de subvenir à ses besoins vitaux. Je vais apporter un bémol en disant que l’homme – à l’époque préhistorique – chassait, pêchait et cueillait pour subvenir à ses besoins mais il ne travaillait pas ! Le travail – en tant que location des capacités physiques ou intellectuelles – n’est apparu qu’avec la constitution des sociétés. C’est-à-dire un rassemblement d’individus « sauvages » décidant soudain de passer un « contrat social ». 

Factory_Automation_Robotics_Palettizing_Bread_Roboter_WikipediaLa naissance des sociétés est dans l’ordre logique de l’évolution. Soit, mais il faut donc admettre que le travail a créé un monde technique, ce qui a permis à l’homme de démontrer sa supériorité sur la nature… mais qui, in fine, détruit le travail ! Ou du moins détruit la notion de travail en tant qu’activité créatrice et moyen d’émancipation.

Les progrès de la robotique vont ainsi, selon les prévisions, détruire environ 3 millions d’emplois d’ici 2030. Alors, évidemment, il faut du personnel pour entretenir les robots, les programmer, etc mais ce ne sont pas les ouvriers des lignes d’usine qui vont le faire… Idem avec l’automatisation des lignes de métro (à quand celle du train ?) ou les voitures (autobus, camions ?) sans chauffeurs. Songez aux ports de commerces : les dockers – qui déchargeaient et chargeaient les bateaux à la force des bras – ont été remplacés progressivement par des engins de levage qui déplacent des centaines de containeurs par jour. Le métier a évolué car le commerce a évolué grâce à la technique. Idem dans l’agriculture où les bœufs et socs et charrues ont été remplacés par des tracteurs où dans les supermarchés et chaînes de restauration rapide, où les bornes automatiques supplantent progressivement les caissières.

Au début du XIX° siècle, en Angleterre, un conflit violent (appelé « luddisme« ) avait opposé les artisans adeptes du métier à bras aux employeurs et manufacturiers qui préféraient utiliser des métiers à tisser mécaniques dans le travail de la laine et du coton. La peur de perdre son emploi par l’arrivée de la technologie n’est donc pas nouvelle…

Aujourd’hui on produit plus, en moins de temps et avec moins de main d’œuvre : c’est la notion de productivité.

Selon l’INSEE, la productivité du travail a été multipliée par 2,3 entre 1975 et 2004 tandis que le coût salarial par unité de valeur ajoutée produite a diminué de 5,5 % sur la même période. Sur la même période, la durée du travail est passée de 42h/semaine (en moyenne) à 35h. 

Vers un autre travail…

Alors, certes depuis la crise de 2009, la productivité serait en baisse… mais je pense néanmoins qu’il serait bénéfique de revoir la notion du « travail ». Tout comme il serait temps de se pencher sur la marginalisation sociale et le partage des richesses à l’heure où la Finlande va peut être expérimenter le « revenu universel » dont certains sociologues et économistes parlent depuis quelques années.

Selon une étude du ministère des Solidarités, un couple sans enfant et sans emploi bénéficiaire du RSA reçoit 905 € contre 1 073 € pour le même foyer touchant un Smic. La tendance est la même pour les couples avec un ou deux enfants. (Source : article l’Express de mai 2011) Vous constaterez que le cumul des aides avoisine le montant prévisionnel du revenu universel finlandais et je n’évoque pas les aides diverses à l’embauche (contrats aidés, de génération, etc) versées par l’Etat.

Quel est le rôle d’un individu dans notre société actuelle ? Doit-il travailler ou doit-il être utile à la société ? Travailler est-il le seul moyen d’être utile à la collectivité ? Un mot sur le bénévolat, qui n’est qu’un moyen – parmi d’autres – de participer à la vie de la cité.

Selon l’étude menée par France bénévolat et l’Ifop, le nombre de personnes disant effectuer des actions bénévoles a augmenté de 14% entre 2010 et 2013. Ce sont ainsi 23% des Français – environ 11 millions – qui s’engagent dans une association dans des fonctions d’accueil, d’animation, d’accompagnement, d’administration ou de direction. La principale motivation de l’engagement bénévole étant le souhait d’être utile à la société (71% en moyenne), faut-il en déduire que ces personnes estiment ne pas l’être (ou pas assez) dans le cadre de leur travail ?

Les Français ayant déjà une opinion sévère de la cohésion sociale (81% la jugent faible)… qu’en serait-il sans le bénévolat, surtout en période de crise ? Par ailleurs, la satisfaction qu’éprouvent les bénévoles de s’épanouir personnellement (62%) et de faire des rencontres, nouer des amitiés (60%) nous amène à nous interroger sur le rôle du travail dans ces deux domaines.

Le travail n’étant plus (autant qu’avant) synonyme de réussite, d’intégration sociale, de satisfaction ni d’épanouissement personnel, il perd son sens. Certains évoquent la fin du salariat et prévoient l’essor du travail indépendant (free-lance). S’achemine-t-on vers un travail plus « choisi » et donc moins « contraint » ? A mon sens, une avancée ne pourra avoir lieu que si la question du revenu universel (redistribution des gains de productivité) et celle de la « liberté du travail » sont abordées en toute transparence. Mais ça, c’est une autre histoire… (suite dans le prochain article)

« Le citoyen n’est pas un consommateur. C’est un producteur, d’idées, de convictions, d’engagement, de solidarité. » François Bayrou

Bibliographie / pour aller plus loin :

Garder les seniors en entreprise, c’est souhaitable et possible !

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Une des affiches de la campagne publicitaire de l’AGEFOS-PME

Les seniors qui travaillent jusqu’à l’âge de départ à la retraite à taux plein se font de plus en plus rares tandis que ceux qui sont rappelés par l’entreprise une fois à la retraite, sont des exceptions. Si ces derniers posent la question de la transmission des compétences aux jeunes générations, les premiers imposent de réfléchir au maintien dans l’emploi des seniors. Cependant, le système de départs anticipés (préretraite instaurée dans les années 80) et la durée d’indemnisation des chômeurs de plus de 50 ans (3 ans, et 7 ans pour les plus de 58 ans) ne poussent pas à trouver des solutions. Pourtant, la pyramide des âges, l’équilibre des caisses de retraites et le respect envers nos seniors, nous y obligent !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Selon une étude publiée en 2014, en France, le taux d’emploi des 55-59 ans est de 67% un chiffre supérieur à la moyenne européenne (63%), mais celui des 55-64 ans n’est que de 44,5% alors que la moyenne en Europe est de 48% et de 54% dans l’OCDE. La DARES précise que le taux d’emploi des 60-64 ans n’est que de 23,3%. Le rapport de l’OCDE souligne que 45 % des seniors connaissent une fin de leur carrière faite de chômage, souvent de longue durée. Et l’étude DARES indique en outre que 5,7 % sont en situation de sous-emploi (travail à temps partiel, chômage technique ou partiel). Travailler après 60 ans relève donc – presque – de l’impossible… notamment en raison de la discrimination liée à l’âge qui s’opère lors des recrutements. Entre 2000 et 2010, environ 4 à 5% des travailleurs européens de plus de 50 ans et plus, ont perçu cette discrimination : le taux est de 7% en France.

Bref, le rapport de l’OCDE présente différents leviers pour l’emploi des seniors (réduction de la durée d’indemnisation, recrutement pas simulation plutôt que sur CV, réprimer plus durement les discriminations, rendre la rupture conventionnelle moins attractive, évaluer l’impact du contrat de génération, améliorer la formation, etc) et évoque les programmes menés par certains pays (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Autriche) mais je propose de présenter ci-dessous, des exemples d’entreprises qui ont su s’adapter pour garder leurs seniors dans de bonnes conditions de travail. Car on le sait, au-delà des incitations et/ou contraintes gouvernementales, il faut changer les mentalités.

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Loïc Peyron, 54 ans, vainqueur de La Route du Rhum 2014 et déclaré « Marin de l’année » (Source : L’Equipe)

« Il est bon d’être ancien et mauvais d’être vieux » Victor Hugo

Bonnes pratiques :

Chez NCC (Finlande), entreprise leader nordique de la construction, une personne, en lien avec la DRH, veille au bien-être au travail et anime la sécurité, la promotion de la santé et les activités sociales. Des actions visant à allonger les carrières ont été mises en place afin de repousser l’âge de mise en invalidité (53 ans en moyenne) dont le coût est supporté par l’entreprise. Kristiina Numminen, DRH, souligne : « Lorsque nous investissons un dans le bien-être au travail, nous avons un retour de quatre. » (Source : ANACT)

Sur un site bavarois BMW (Allemagne), 70 modifications de postes ont été imaginées et mises en place au sein du projet pilote « Aujourd’hui pour demain » lancé en 2007. Cela va de séances d’étirement, aux planchers en bois pour réduire la fatigue et l’électricité statique, en passant par les fauteuils pour les courtes pauses, les chaussures à semelles orthopédiques pour soulager les pieds, les loupes et moniteurs d’angle pour prévenir la fatigue visuelle, les tables réglables pour assouplir les contraintes physiques… Une ligne de montage entièrement dédiée aux plus de 47 ans a même été imaginée. Et vous savez quoi ? La productivité est en hausse de 7% et l’absentéisme en baisse de 5 points pour un faible coût d’investissement ! Conscient que l’âge moyen des travailleurs allait passer de 41 à 46 ans, il fallait réagir. D’autres sites du groupe s’inspirent de ce programme.

Ce que je salue dans ces exemples c’est l’effort d’amélioration des conditions de travail et de prévention de la pénibilité. En effet, un senior ne pourra pas travailler jusqu’à la retraite si son état de santé ne le lui permet pas. La gestion des âges n’est pas un sujet isolé.

L’entreprise In Situ (France), créée en 2007 et en pleine croissance, a compris que son développement passerait par la captation de professionnels hautement qualifiés. Ayant besoin de compétences techniques très pointues (hydraulique), l’âge des candidats n’est pas une préoccupation et l’entreprise n’a pas intérêt à écarter les seniors ! En outre, ces seniors, parfois à la retraite, qui reprennent une activité, évoquent la passion du métier, la valorisation de leurs compétences, la reconnaissance des clients et la transmission des savoirs, plus que le besoin matériel de travailler.

Aux Soieries Jean Roze (France), c’est le départ brutal d’un salarié en inaptitude totale et la perte de compétences qui a suivi qui a incité la direction à se pencher sur la transmission des compétences et la prévention de l’usure professionnelle.

« L’expérience de chacun est le trésor de tous » Gérard de Nerval

Au sein de la Biscuiterie de l’Abbaye (France), les analyses démographiques réalisées par un intervenant extérieur ont permis à l’entreprise de prendre conscience du vieillissement inéluctable de son personnel et de son état de santé préoccupant. Les démarches étudiées pour maintenir l’activité des seniors ont fait l’objet d’un plan d’actions élaboré de manière participative en associant les salariés, l’encadrement et les IRP.

Ces derniers exemples issus des « bonnes pratiques » identifiées par l’ANACT, témoignent de l’importance de la transmission des savoir-faire, des compétences et de l’importance pour les seniors de se sentir utiles et d’être reconnus. Des problématiques, mine de rien, qui concernent tous les salariés !

Du chemin reste à parcourir…

Sean Connery à 72 ans dans "La ligue des gentlemen extraordinaires" (2003)
Sir Sean Connery à 72 ans dans « La ligue des gentlemen extraordinaires » (2003)

Une enquête de l’ANACT, relayée dans la revue « Travail & Changement », indique que la gestion du personnel liée à l’âge se classe en 4ème position parmi les 5 grandes préoccupations stratégiques des dirigeants, après « la connaissance de la demande des clients », « le coût de la main d’œuvre », « les technologies de production et de services », mais avant « la concurrence internationale ». Seul 11% des dirigeants demandent une aide, un appui ou un conseil pour la recherche ou la mise en oeuvre de solutions concernant la problématique de gestion des âges.

Même si pour le moment il y a un écart entre perception stratégique et désir d’action, nul doute que cette question devra être prise à bras-le-corps rapidement. Que ce soit au niveau national ou local (branche, entreprise) les représentants des salariés et du patronat devront trouver un terrain d’entente et définir des actions où chacun puisse y trouver son compte.

Suggestion de lecture« Bien travailler ensemble, est-ce une question de génération ? »

Bibliographie / pour aller plus loin :

Le travail a-t-il un sens ?

Pourquoi sommes-nous sur terre ? Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi travaillons-nous ? Pour vivre évidemment, mais pas que… Quelle est la raison d’être de notre travail ? Est-il utile à la société ? Est-il en accord avec nos convictions, nos valeurs ? Bref, notre travail a-t-il un sens ?

« Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir » Albert Camus dans « Le mythe de Sisyphe » (1985)

Une quête de sens ancrée profondément en nous.

Vers 2 ou 3 ans, apparaît chez l’enfant l’âge des « pourquoi » (dis maman, pourquoi le ciel est bleu ?). Des scientifiques cherchent depuis des décennies l’origine de la vie sur terre (théorie du Big Bang, etc). L’être humain se demande parfois (ou souvent) d’où il vient (recherche des origines), où il va, pourquoi il vit…

Le domaine professionnel n’échappe pas à cette « quête de sens ». Certains l’expliquent par l’évolution économique, d’autres par les caractéristiques de la société française, ou encore les modes de management et d’organisation du travail. Il y a certainement un peu de tout ça…

La métamorphose du travail :

Durant les derniers siècles, le travail était un devoir, synonyme de respect de l’autorité, une obligation vis-à-vis de la société. Ensuite, le travail a permis le développement de valeurs individualistes et rationnelles (sécurité et revenu financier) pour consommer et atteindre un certain bien-être.

people-crowd-question-Mushakesa_ShutterstockLe XX° siècle marque un tournant : fini les valeurs « matérialistes ». Le bien-être et la qualité de vie deviennent les valeurs primordiales et l’individu prend le pas sur le collectif. Cette transformation touche aussi le monde du travail. L’emploi est désormais considéré par la personne comme un moyen d’exprimer ses capacités, son potentiel, comme une voie de réalisation personnelle et un moyen d’obtenir des droits.

Dans un contexte de mondialisation qui a accru le rôle de la finance dans les entreprises, accéléré le temps, segmenté les tâches pour augmenter la rentabilité, face à un allongement de la ligne hiérarchique qui a complexifié les canaux de communication internes et dilué les responsabilités, comment le salarié peut-il donner un sens à son emploi ? Comment donner du sens au travail quand les délocalisations, fermetures de sites et plans de licenciements se succèdent ? Comment donner un sens au travail quand l’entreprise oublie sa raison d’être, quand elle ne contribue pas au développement de ses salariés ni de la société ?

Les enseignements des études menées :

Une étude du CEE portant sur la qualité de vie au travail en Europe entre 1995 et 2005 indique :

La France, se caractérise par une intensité du travail faible, un degré de pénibilités physiques important et une complexité du travail peu élevée. Or plus loin, on lit : moins l’activité est complexe, moins elle est enrichissante pour l’individu.

Selon une étude Opinionway pour JOBaProximite, 96% des sondés souhaitent surtout un travail « intéressant », et où ils « se sentent utiles » (95%). Le salaire arrive en 3° position avec 90% des sondés.

Comme l’étude du CEE indique que « la France est le seul pays où aucun changement significatif dans la qualité de vie au travail n’a été observé en dix ans ». Cela explique aussi peut être pourquoi cette quête de sens et d’utilité acquiert autant d’importante de nos jours.

Dans l’étude « Sens du travail, santé mentale et engagement organisationnel »  publiée par l’IRSST (2008), le professeur Estelle Morin arrive à la conclusion suivante :

Trois états psychologiques auraient donc un impact majeur sur la motivation et la satisfaction d’une personne à son travail : le sens du travail pour la personne, le sentiment de responsabilité qu’elle éprouve à l’égard des résultats qu’elle obtient, et la connaissance des résultats de sa performance au travail.

E. Morin cite également les conclusions d’études précédentes qui vont dans le même sens :

Généralement, on dit qu’un travail a du sens lorsque le sujet perçoit son travail comme ayant un but, un dessein et de la valeur, de l’importance (May et al., 2004).
Un travail a du sens pour une personne lorsque celle-ci le trouve important, utile et légitime (Hackman et Oldham, 1976).

Kasl (1992) explique qu’un employé peut s’adapter à une situation qui lui paraît absurde, c’est-à-dire qui n’a pas de sens, mais cette adaptation se fait au prix de quelque chose : ajustement des aspirations, modification des valeurs de travail; détournement de l’attention vers les relations professionnelles, augmentation de la valeur attribuée au salaire, désaffection à l’égard du travail et de l’employeur, mésestime de soi, etc.

Le docteur Philippe Rodet, médecin urgentiste et membre fondateur de la commission stress de l’ANDRH, estime que :

Le sens est la clé de la réussite, tant aux niveaux personnel que professionnel, car il est le premier facteur de motivation et de bien-être. Dans une tribune de « Focus RH » (2013) il montre combien le sens au travail peut contribuer à la motivation, mais aussi, malheureusement, dans quelle mesure cet aspect n’est pas mis en avant de nos jours.

Quelles solutions ?

Alors que paradoxalement, les employeurs ont du mal à trouver les leviers pour relancer la motivation et l’engagement des salariés, alors que l’absentéisme augmente (16,6 jours en 2012) et qu’il représente une perte importante pour les entreprises privées (près de 7 milliards d’euros), ils ne sont qu’une poignée à prendre le problème à bras le corps, le regarder en face pour essayer de mettre en place des solutions.

Il y a des solutions, du moins on peut essayer d’en trouver et de les mettre en œuvre ! Mais ça, c’est une autre histoire…

Lire la seconde partie de l’article : « Comment redonner du sens au travail ? »

Bibliographie / pour aller plus loin :